‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 20 sur 400 · INTRODUCTION HISTORIQUE XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE XXIX

valiers de tout rang et parmi les soldats eux-mêmes. Les tentes restaient ouvertes et aucun larcin n'y était commis. Les dimanches et les jours de fêtes, les offices divins se célébraient avec une grande régularité. Pour Isabelle, cette guerre était une véritable croisade : elle devait être poursuivie dans un esprit tout à fait chrétien. L'observance du culte était d'ailleurs un moyen de soutenir le moral du soldat et de seconder l'action de la discipline militaire.

Quand Grenade même fut assiégée, Isabelle usa de la même méthode, en y ajoutant tous les perfectionnements de Texpérience et en redoublant de vigilance et d^activité. Elle-même traçait la marche des convois, répartissait les vivres, encourageait par des mots gracieux les guerriers qui l'approchaient. Presque toutes les tentes ayant été dévorées dans une nuit par un terrible incendie, elle fit construire avec une incroyable rapidité des maisons en pierre au lieu de fragiles abris en toile, une ville au lieu d'un camp. Elle donna à cette ville la forme d'une croix : on voulut l'appeler du nom d'Isabelle. Elle s'y refusa modestement, et, d'après son désir, on nomma Santa-fe (Sainte-foi) cette cité bâtie sous les auspices et en l'honneur du Dieu des armées.

Quand Grenade capitula, tout le monde convint que l'on devait la meilleure part de ce succès à celle qui en avait fait l'affaire et la passion de sa vie, à celle qui en avait été Tàme durant de longues années, à la grande reine Isabelle de Gastille.

XXX INTnODUCnO.N HISTORIQUE

Isabelle n'avait point la bigoterie que lui imputent certains écrivains protestants. Sa religion était sévère sans doute, exacte et fidèle dans la pratique, mais elle resta toujours large et éclairée. Il faut lire ce qui nous reste de sa correspondance avec ses directeurs, surtout avec Talavera : son âme admirable s'y révèle tout entière.

Il est faux que des préjugés étroits aient fermé son cœur aux sentiments de l'humanité.

On ne put la décider qu'avec peine à adopter l'idée de l'Inquisition, et, la bulle de Sixte IV, qui la fondait, ayant été obtenue, elle en suspendit la publication et l'exécution pour essayer des moyens de conversion plus doux à l'égard des judaïsants et des nouveaux chrétiens. Elle s'entendit, à cet égard, avec le cardinal Mendoza, qui avait composé pour cette classe de chrétiens, non encore affermis dans la foi, un catéchisme tout à fait spécial, et qui en avait ordonné l'enseignement et l'explication dans son diocèse i. Mais quand on lui eut montré que tous les efforts du zèle échouaient devant une indomptable obstination, quand de savants docteurs, des prélats jouissant d'une grande considération dans l'Eglise lui affirmèrent la nécessité d'établir une justice spéciale pour juger ces crimes religieux, qui excitaient sans cesse des séditions populaires, alors Isabelle se soumit, et son esprit crut devoir s'incliner de-

1. lïistoria cU Espxhx, par Li b^ioiilo, part. II, lib. IV, p. 137;

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