MALADIE DE LA SUETTE
Cette maladie singulière, qui jeta une sorte de terreur dans la Cité et à la cour d'Angleterre, s'appelait la suette (maladie suante sweating sickncs). Jean du Bellay, récemment nommé ambassadeur de France en Angleterre, l'a décrite ainsi :
(( Ce mal de suée, c'est une maladie qui est survenue (( ici depuis quatre jours, la plus aisée du monde pour (( mourir. On a un peu de mal de tête ou de cœur et (( soudain on se met à suer. Il ne faut pas de médecin; « seulement, si on se découvre le moins du monde ou (( si on se couvre un peu trop, en quatre heures on
c( est dépéché sans languir Mais ce n'est pas grand
(( chose, car il n'en est pas mort à Londres, depuis « ledit temps que deux ou trois mille sur quarante (( mille qui ont été atteints. Hier, étant allé pour jurer (( la trêve, je les ai vus ces malades, dru comme mouce ches, se jeter des rues et des boutiques dans les (( maisons, prendre la suée incontinent en même temps « que le mal. Je trouvai l'ambassadeur de Milan, sorte tant en grande hâte de son logis parce que deux ou « trois de ses serviteurs soudainement en étaient (( pris ^ »
La maladie avait principalement sévi dans les comtés de Kent et de Sussex et avait rapidement gagné Londres et les environs. A la cour, la première personne atteinte de la contagion fut Anne de Boleyn. Ce fut alors une panique et comme une déroute générale. Tout le monde se dispersa. Le roi délogea en toute hâte et se rendit à
1. Histoire du divorce, etc., tome HT, Pièces justifîcalives, par Joacliim Legrand, ouvrage déjà cité : leUres do Du Bellay des 18 et 30 juin.