HENRI SEMBLE SE RAPPROCHER DE CATHERINE
Waltham. Anne se réfugia dans la maison de son père, à Hever. Le roi n'avait gardé que très peu de personnes avec lui; et le nombre en diminuait tous les jours par la crainte du danger. Deux favoris du roi périrent de cette maladie, savoir : William Gompton, àqui il était très attaché, et William Garey, l'époux de Marie de Boleyn. Le roi, fuyant toujours devant la maladie, quitta Waltham pour Hunsdon, et finit par se retirer à Tittenhanger, petite maison appartenant à Wolsey, à vingt milles de Londres. Il prit toutes ses dispositions pour n'être pas surpris par la mort. Aussi échappa-t-il à la maladie.
A cette époque, — c'était un peu avant l'épisode de l'abbesse de Wilton, — il s'intéressa vivement à la santé de Wolsey ; il lui envoya même la copie de ses dernières volontés, en lui disant « que la reine lui demandait sans cesse des nouvelles du cardinal » .
Car il semblait s'être rapproché de Gatherine, il vivait auprès d'elle avec tous les dehors de l'intimité, et quand, en prévision d'une mort foudroyante, telle que la suette en amenait tous les jours, il crut devoir demander à recevoir les sacrements, Gatherine l'accompagna au pied de l'autel po.ur être admise avec lui à la sainte communion.
Trompées par ces apparences, quelques personnes, et peut-être Gatherine elle-même, conçurent l'espoir que Henri saurait comprendre l'avertissement providentiel qui lui avait été envoyé et qu'il abandonnerait son projet de divorce ^ : mais, en réalité, il n'avait presque pas cessé, au milieu de ses alternatives étranges de terreur
1. Linganl, iraduct., lome VI, j). :208; et Ureœ€i\ Inlroduclion. tome IV, p. cGCLxxvir.
2i6 LETTRES DE HENRI A ANNE DE BOLEYN
et de dévotion, de poursuivre l'exécution de ses desseins secrets.
D'abord, c'est précisément à cette époque qu'il supprima, sous prétexte d'économie, le train de maison assigné à la princesse de Galles et son établissement particulier à Ludlow. Il voulut sans doute, en présence de l'impopularité croissante qui s'attachait à sa tentative de divorce ^, détruire cette petite cour qui lui était hostile et qui aurait pu devenir un centre d'opposition dans certaines circonstances données. Et il ne voyait pas que l'opinion publique devait se soulever plus vivement que jamais en comparant tant de parcimonie pour la princesse Marie à tant de prodigalités continuées au duc de Richmond, qui restait toujours sur le pied d'un héritier de la couronne.
Ensuite, dès que Henri eut cessé de croire pour lui-' même au danger de la contagion, et quand Anne de Boleyn n'était pas encore bien rétablie des suites de la maladie dont elle avait ressenti violemment les atteintes, la correspondance interrompue entre elle et lui reprenait son cours, ce n'est plus le langage d'un roi comme dans les lettres à Wolsey. « Il m'est venu la c( nuit dernière, dit-il à Anne, des nouvelles aussi affli- « géantes que possible. J'ai du chagrin pour trois mo- « tifs : premièrement, pour avoir appris la prolongation
1. Un ambassadeur de Milan, confirmant les appréciations de Mendoza, écrivait à sa cour : « Beaucoup de personnes croient que, si ce « mariage se fait, le peuple se révoltera. » Galendar of state papers, IV, p. 252.
Au reste, l'ambassadeur de France, Jean du Bellay, assez favorable à Henri VIII, en convient lui-même. Toute sa correspondance témoigne de ce mécontentement populaire.
LETTRES d'aXXE DE BOLEYN A WOL^EY. I^ i 7
a de la maladie de ma chère maîtresse, dont la santù tt m'est aussi chère que la mienne propre, et dont je « prendrais volontiers la moitié des souffrances pour la a soulager. Secondement, parce que Je crains d'avoir a à souffrir encore longtemps de cette absence qui m'est 'c si cruelle. Troisièmement, parce que le médecin en a qui j'aurais le plus de confiance est retenu au loin ; je a vous envoie donc mon second médecin, le docteur a Butts, en priant Dieu qu'il vous guérisse au plus tôt, « ce qui lui vaudra toute mon affection. Je vous prie de a. vous gouverner suivant ses avis, et, grâce à lui, j'esa père vous revoir bientôt auprès de moi ^ »
Dans cette correspondance, dont nous pourrions extraire beaucoup d'autres passages, on trouve des preuves de la passion violente du roi, et on est étonné du peu de délicatesse, souvent même de la grossièreté -^^ avec laquelle il l'exprime.
Ce qui nous paraît plus intéressant, ce sont les lettres d'Anne de Boleyn à Wolsey. Elle sont évidemment très travaillées, très soignées et écrites sous l'inspiration de Henri VIII. EMe adresse au cardinal des protestations d'une affection très exagérée.
« Pour toutes les bontés que vous avez eues, tout ce
1. Slafepapers, p. 19^1. Introdiict., lonio IV, j). ccr.Lxxviii. Voir aussi le rociieil même des leUres de Henri VIII à Anne do Boleyn, éditées par Grapelet. Paris, 18^8, et Audin. Vie de Henri Vllf, tome I, p. 4G2. Nous n'avons pas cru pouvoir reproduire tout ce que cite Audin.
2. On peut voir, entre autres, la lettre de si mauvais goût où il envoie un morceau de chevreuil à Anne, comme souvenir du cœur de Henri, « espérant, ajoute-t-il, que je vous servirai bientôt moi-même de régal ». Cola donne une triste idée de celle môme à qui ces lettres étaient destinées et ;\ qui ou croyait pouvoir plaire jiar un pareil lansraere.