GRANDE PRÉOCCUPATION DE HENRI
« que je puis vous rendre ne consiste qu'à vous aimer ^( plus qu'aucune personne au monde, après le roi... Je a me flatte que vous en êtes convaincu; au reste, milord, I je sais dans l'impatience d'apprendre de vous des nouvelles du légat Gampeggio, car je m'assure qu'elles seront bonnes, si elles viennent de vous. Je sais que vous êtes là-dessus dans l'impatience autant que moi, et que vous y seriez encore davantage si cela était possible. Mais il faut attendre en ne cessant point d'espérer.... ))
De son côté, le roi écrit lui-même à Wolsey pour le féliciter sur le rétablissement de sa santé, et trahit le secret de sa plus grande préoccupation en ajoutant ces mots : « Nous sommes dans le chagrin de n'apprendre « point encore que le légat soit arrivé en France, mais (i nous espérons sortir bientôt d'embarras par votre dilia gence et par vos soins secondés de la bonté de Dieu. « Là-dessus les auteurs protestants s'extasient sur les sentiments pieux du roi qui ne pense à réaliser ses vœux que par les moyens les plus légitimes !
Dans une autre lettre à Wolsey, Anne de Boleyn dit encore : « Je souhaite passionnément l'arrivée de Gam- « peggio, car si c'est le bon plaisir de Dieu que cette « affaire soit poursuivie, je lui en demande dans mes (( prières une prompte conclusion. C'est en ce temps-là, « milord, si mes espérances ne me trompent point que « je me verrai en état de reconnaître les peines extraor- « dinaires que vous vous donnez pour moi ! »
Pour le coup, on ne saurait parler d'une manière plus édifiante. Les ferventes prières de lady Anne n'ont pas un but bien désintéressé et bien élevé, cela est vrai, mais au moins on doit les croire plus sincères
ANNE PROMET A WOLSEY DE LE llÉCOMPENSER. 2i-9
que les marques de bienveillance prodiguées à Wolsey. Dans tous les cas, on peut remarquer le cynisme avec lequel elle promet à son juge de le bien récompenser un jour, si elle devient reine. C'est de la subornation et de la corruption bien caractérisées, il faut le reconnaître !
Et, après cela, on oserait encore blâmer Catherine, si elle suspecte la justice du cardinal et si elle croit devoir le récuser! L'entente de ce juge intègre avec la partie adverse est évidente. La créature de Henri VIII, comblée de ses bienfaits, ne saurait prononcer dans le procès de son maître une sentence impartiale.