‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 203 sur 400 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Campeggio en France : son entrevue diplomatique avec François I^f.

— Wolsey apprend que Campeggio ne sera ni complaisant, ni corruptible : un grand cortège va au-devant de Campeggio. — On lui prépare une réception magnifique à Londres et à Greemvich. — Les souffrances de la goutte retardent son arrivée. — Visite emi)ressée et officieuse de Wolsey à Campeggio ; long entretien des deux légats.

— Espérances et craintes de Catherine. — Audience solennelle donnée par le roi à Campeggio. — Conférence privée du légat avec Henri VIIL — Visite des deux légats à la reine Catherine : leurs exhortations et réponse de la reine. — Conseil de défense donné par Henri \lll à Catherine et les membres de ce conseil désignés par lui. — Campeggio entend la reine en confession. — Autre conférence ofTicielle des légats avec la reine. — Impatiences du roi et nouvel entretien qu'il a avec Catherine.— Obsessions des nombreux prélats du parti de Heuri VIII auprès de la malheureuse reine.

Le cardinal Campeggio avait reçu sa commission en Italie dans le courant du mois d'avril. Retenu a Rome, où son mobilier avait été saccagé, par la nécessité de remonter sa maison et de se donner une suite convenable, il n'en repartit qu'au mois de juin. Divers incidents et de violents accès de goutte lui causèrent de nouveaux retards : il n'arriva à Lyon que le 22 août. Il en repartit le 30 avec des ressources nouvelles qui devaient rendre le reste de son voyage à la fois plus prompt et plus commode. Clerk, ambassadeur d'Angleterre à la cour de France, envoya jusqu'à Orléans, à la rencontre de Campeggio une mule très-belle et magni-

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fiquement harnachée, et quatre voitures avec attelage de mules de choix ; Glerk les avait empruntées, mais il y avait joint vingt chevaux à lui, et dix qui appartenaient au maître des rôles d'Angleterre. Sir Francis Bryant attendait le cardinal depuis le 24 dans cette même ville, et devait l'escorter jusqu'à Calais, accompagné de plusieurs cavaliers et d'un certain nombre de lances.

Ce fut donc au commencement de septembre que le cardinal Gampeggio fit son entrée à Paris. Quinze ou seize archevêques ou évêques et des personnages de la plus haute distinction devaient venir le recevoir en dehors des portes de la capitale. Mais, fatigué par le voyage^ souffrant de la goutte, et pouvant à peine se tenir sur sa mule, il arriva un peu plus tôt qu'on ne l'attendait, pour éviter la foule et se dérober aux honneurs de la réception qu'on lui avait préparée. Cependant, au moment où il entrait dans l'intérieur de Paris, il trouva François P'", qui le reçut avec les marques du plus profond respect. Ce prince conduisit ensuite le légat à son logement, on les vit ensemble sur le balcon d'une fenêtre, causer pendant près de deux heures.

Le sujet de ce long entretien fut le procès de Henri VIII ; le roi de France ne connaissait pas encore cette affaire dans tous ses détails : « Sa Majesté me demanda où elle en était, écrit Campeggio à Sanga, je lui répondis que j'étais l'un des deux juges nommés pour juger cette cause, et que mon opinion dépendrait des résultats de l'enquête à laquelle j'allais me livrer. » A mon tour, je demandai au roi ce qu'il en pensait; « Je ne suis pas un docteur , » répondit-il , « et je

CAMPEGGiO NI COMPLAISANT. NI CORRUPTIBLE. 2o3

devrai m'en rapportera de plus savants que moi. Mais mon frère d'Angleterre est un prince bon et sage, et je suis persuadé que si Catherine était sa femme légitime, il ne tenterait pas de s'en séparer; que si elle ne l'est pas, ne serait-ce pas un péché de continuer à vivre avec elle 1 ? ))

Les deux interlocuteurs gardèrent donc l'un avec l'autre une réserve toute diplomatique. Cependant le bruit se répandit à la cour de France que Campeggio, suivant la politique actuelle du pape, serait moins éloigné du parti de Tempereur qu'on ne le pensait ; qu'il serait peu favorable au divorce, et que sa mission consisterait surtout à changer à cet égard, s'il était possible, les idées et les intentions de Henri VIII. Enfin que, s'il ne pouvait réconcilier le roi et la reine, il ne devrait pas passer outre au jugement sans avoir de nouvelles instructions du Saint-Père. Ces rumeurs publiques arrivèrent à Wolsey, soit de France, soit de Rome , oh ses agents, les Casali, et Staphiléo, doyen de la Rote, observaient tout et le tenaient au courant de tout ce qu'ils pouvaient apprendre. Aussi les inquiétudes de l'homme d'État anglais furent alors plus vives que jamais; il vit bien qu'il ne trouverait chez Campeggio ni un instrument docile, ni môme un aide complaisant. Le cardinal romain, au contraire, en lui faisant communiquer le plan qu'il comptait suivre, prenait, en quelque sorte, le premier rang et s'attribuait ce qu'on appelait l'autorité directive. 11 semblait affecter, d'ailleurs, de continuer de voyager à petites journées et ne tenait pas compte des efforts que faisait Wolsey pour hâter le plus possible

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