Letlers ami Despalchcs, etc., p. -iOGl
2o4 ON PRÉPARE UNE BELLE RÉCEPTION A CAMPEGGIO.
son arrivée à Londres. Enfin on fut très étonné de ce que Glerk ayant été chargé par son maître de proposer à Gampeggio de le défrayer largement des dépenses de son voyage, celui-ci avait refusé avec fermeté et dignité les sommes d'argent qui lui étaient offertes et n'avait accepté que juste ce qu'il lui fallait pour payer les dépenses des mules et des chevaux qui lui avaient été fournis pour son voyage. Ce nouvel exemple de désintéressement donné encore par un membre de la cour romaine ^ parut très extraordinaire aux ministres anglais ; cela leur fit supposer que, sans doute, Gampeggio avait promis au pape de garder toute son indépendance, pour pouvoir prononcer dans le procès une sentence impartiale.
Gependant Gampeggio était évêque de Salisbury, et Henri VIII pensait qu'il le tiendrait sous sa main par le lien de ce bénéfice ecclésiastique. Ge prince comptait tellement sur le gain de son procès, qu'il croyait n'avoir plus rien à ménager. Il fit préparer dans un pavillon de Greenwich de magnifiques appartements pour Anne de Boleyn , à peu près en même temps que Gampeggio devait aborder le rivage d'Angleterre; car, dans une lettre du commencement de septembre où il annonce à Anne la venue prochaine du cardinal à Paris, il lui dit : « Je vous attends lundi pour notre consolation et notre contentement mutuel. )) Il paraît qu'elle se rendit à cette invitation, mais qu'elle repartit bientôt après pour le château de son père , le roi craignant que sa présence à la cour ne produisît une mauvaise
1. Letters and Despatches, Introduclion, tome IV, Browcr, p. cccc.
GÊNES IMPOSÉES A CATHERINE. 2oo
impression sur Gampeggio au moment de son arrivée K
Glerck revint à la charge et supplia Gampeggio d'accepter au moins sept à huit cents couronnes poicr kre au large, Gampeggio persista dans un refus absolu, en disant qu'il avait tout ce qu'il lui fallait.
Quoique Anne de Boleyn eût un appartement princier et indépendant dans le palais de Greenwich, il habitait toujours dans le même quartier que Gatherine, mangeait à la même table, et semblait vivre avec elle d'une vie commune : on croyait même avoir remarqué que la reine avait repris sa bonne humeur et sa gaîté des anciens jours. Et cependant elle était soumise à la plus inquiète surveillance : les conseillers anglais qu'on lui avait donnés étaient d'avance endoctrinés ; on leur suggérait de décourager leur royale cliente de son opposition, de lui faire entrevoir qu'en y persistant elle mécontenterait le Saint-Père et tout le peuple chrétien, et qu'on lui reprocherait d'avoir préféré son affection personnelle à la soumission qu'elle devait à la loi et à l'Église. Ge n'est pas tout : on tâchait en môme temps de persuader aux souverains du continent et à Gharles- Quint lui-même que la reine acceptait le procès et était toute prête à acquiescer au jugement des légats. On lui avait fait promettre, dit-on, de ne pas écrire à l'empereur sans en prévenir le roi ; et on croyait avoir empêché qu'elle ne pût avoir la moindre communication, soit avec Gharles-Quint, soit avec le souverain pontile. G'est ainsi que l'on préparait les voies, avec
l. Lettre de Meiitloza à rdrchitlucliessc Marguerite, souveraine des I\iys-Bas, State pape rs Calcndar. vol. TV, ]>. 78i.
250 RETARDS DANS l'ARRIVÉE DE CAMPEGGIO.
une astuce raffinée, à la mission de Gampeggio, dont on attendait l'arrivée de jour en jour.
Mais la marche du légat romain semblait se ralentir de plus en plus à mesure qu'il approchait du terme de son voyage. Il n'avait quitté Paris que le 18 septembre, et il avait mis une semaine pour se rendre à Calais. On l'avait transporté en litière sur toute la route et il était si cruellement tourmenté par la goutte que quand il voulut monter à cheval pour entrer dans la ville, ses mains ne pouvaient pas garder la bride, ni ses pieds tenir dans les étriers. Soit à cause de ses souffrances, soit à cause d'une violente tempête dont il fallut attendre la fin, il ne put partir de Calais que le 29. Le l""" octobre, il arrivait à Cantorbéry, où on lui faisait une réception magnifique. Son entrée à Londres était fixée pour le matin du 8 octobre. Mais une attaque de goutte plus violente encore que toutes celles dont il avait souffert jusqu'alors, lui rendit le transport, même en litière, absolument impossible, et il se vit obligé de s'arrêter dans le faubourg, où il fut reçu et hébergé par le duc de Suffolk, qui avait là un de ses manoirs. Les douleurs de goutte l'y retinrent encore le jour suivant, et, le lendemain matin, Wolsey lui envoya une barque, qui le transporta par la Tamise, sans pompe et tout à fait incognito^ jusqu'à son logis de Bath-house.
« Là, dit-il, je souffris vraiment les douleurs de l'a- « gonie, grâce au voyage qui avait exaspéré ma goutte, a et je me mis au lit sans en bouger, jusqu'au 17. J'autt rais eu besoin d'un repos complet pendant un cer- « tain temps ; mais, dès le lendemain, j'eus la visite du (1 cardinal d'York , qui ne croyait qu'à moitié à mes
CONFERENCE DE WOLSEY AVEC CAMPEGGIO. 2o7
« souffrances. J'aurais voulu ne pas encore parler af- « faires, mais je ne pus obtenir de Wolsey aucun ré- « pit; il entra en matière sur le champ. Cotait lui, « me dit-il, qui, pour sauvegarder l'autorité du Saint- « Siège, avait persuade au roi de faire venir un légat « de Rome, afin de calmer les scrupules de sa con- « science, quoique un grand nombre de prélats l'eus- « sent assuré que cela n'était pas nécessaire »
Wolsey avait compris que, si Rome n'avait pas été représentée par un délégué de sa curie pour le jugement du divorce, l'annulation du mariage n'aurait été attribuée qu^à lui uniquement, et il ne s'était pas senti assez fort pour porter seul le fardeau d'une telle responsabilité.
Il se croyait en droit, au surplus, de se faire un mérite, auprès de la cour de Rome, d'avoir eu recours à son autorité pour constituer le tribunal ecclésiastique qui jugerait en Angleterre l'affaire du divorce, et d'avoir persuadé au roi de rester uni à Catherine jusqu'à ce qu'il y eût une sentence régulière de séparation.
Dans cette même conférence, Wolsey dit à Campeggio que si les légats résistaient à la demande du roi, qui était appuyée sur les motifs les plus solides, sur les conseils et les écrits d'hommes doctes et religieux, il s'ensuivrait une ruine totale de l'innuence de l'Eglise dans le royaume d'Angleterre. « J'étais toujours au fond de (c mon lit, ajoute Campeggio, quand Sa Seigneurie vint « me faire encore trois ou quatre autres visites. Nous « débattîmes la question peut-être pendant quatre heuc( res en tout; mais quoique, en invoquant le nom du « pape, je l'aie supplié de joindre ses efforts aux miens c( pour peser sur l'esprit du roi, et tacher de le réconci-
2o8 ESPÉRANCES ET CRAINTES DE CATHERINE.
« lier avec la reine, je n'ai pas été plus avancé que si « j'avais parlé à une pierre. Il m'objectait la non-vali- « dite du mariage, les difficultés qui s'élèveraient au (' sujet de la succession au trône et les troubles qui en « résulteraient pour le royaume ; quand je réfutais ces « objections et que je m'efforçais de persuader le car- « dinal, il abondait tellement dans son sens que nonce seulement il ne voulait pas mettre en doute mon as- « sentiment, mais qu'il me demandait d'expédier cette (( affaire avec la plus grande célérité ; je me trouve donc (( sous une pression singulière, avec un poids bien (( lourd sur les épaules; car, en un court espace de « temps, quel moyen de rendre un jugement raisonnable (( et régulier? Pourtant ils ne veulent tous entendre à « aucun délai, alléguant que toutes les affaires se trou- (( vent entravées dans le royaume par l'anxiété géné- « raie, et que tout nouveau retard mettrait le pays dans « un véritable danger ^ . »
Pendant ces intéressantes conférences entre les deux cardinaux, que se passait- il à la cour de Henri VIII?
Malgré Féloignement momentané d'Anne de Boleyn, le roi et sa maîtresse regardaient leur future union comme aussi certaine que si le mariage avec la reine avait déjà été dissous. Quelques préparatifs semblaient même se faire secrètement pour ces noces nouvelles.
Catherine conservait pourtant encore quelque espérance. Quoique très surveillée, elle avait pu voir, à ce qu'il paraît, l'ambassadeur Mendoza qui était venu chez
l.Lellre de Mendoza à l'empereur, du 18 septembre 1528. Calendar ofslate papers, p. 789.