‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 205 sur 400 · ESPÉRANCES ET CRAINTES DE CATHERINE · texte numérisé non relu

ESPÉRANCES ET CRAINTES DE CATHERINE

elle en secret et croyait pouvoir supposer que le cardinal Campeggio n'apportait pas de pleins pouvoirs pour rendre une sentence définitive, mais qu'il avait seulement pour mission « de regarder à ce qui se passait ici», de consulter l'opinion publique, d'interroger des témoins, etc., et ensuite de rapporter à Rome les résultats de son enquête. Catherine pensait que le pape ferait le plus possible attendre sa décision ; de plus, et en ceci elle se trompait, elle soupçonnait que Wolsey luimême serait tout disposé à se ranger désormais à l'avis de Campeggio, et qu'il s'associerait volontiers à cette espèce de plan de campagne ; il est vrai qu'elle ajoutait : « Il agira ainsi parla crainte qu'il a de lady Anne, et non par aucun autre bon motifs »

Dans cette môme lettre, Mendoza, en accusant réception à l'empereur d'une copie du bref de dispense de Jules II, qui lui a été récemment envoyée d'Espagne, demande une expédition plus authentique de ce même bref, et il fait preuve en cela, comme on le verra plus tard, d'une sage prévoyance.

Peu de jours après, la malheureuse reine passait de l'espérance à la crainte. « J'ai appris, écrivait-elle à Mendoza, que le nouveau légat a apporté des pouvoirs très étendus, et que, s'il s'en prévalait, je n'aurais plus aucun recours à exercer en cour de Rome ; mais cette commission aurait été obtenue sur de fausses allégations. » Cette fois la reine était à peu près dans le vrai ; de semblables pouvoirs avaient été, en eflet, donnés à Campeggio, mais à la condition qu'il ne fît connaître à personne le bref qui les contenait, avant d'avoir exa-

l Xol fiom any good motive. Id , ibid., p. 790.

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miné sur les lieux et de s'être enquis si, comme on l'avait dit au pape, le sentiment populaire dans la Grande- Bretagne était favorable au divorce, si la reine était disposée à des concessions, ou à un acquiescement aux désirs du roi. On aurait même prétendu à Rome que Charles-Quint était tout prêt à consentir à la répudiation de Catherine : Campeggio devait bientôt recevoir de l'empereur une lettre qui le mettrait en garde contre cette invention et ce mensonge diplomatiques, aussi bien que contre toutes les allégations, tout aussi peu fondées, que l'on avait cru pouvoir y joindre.

La reine se plaignait aussi à Mendoza de la conduite de plusieurs évêques et docteurs, qui, après s'être formellement déclarés pour elle, avaient cédé à la crainte et à la corruption et avaient déserté sa cause. Elle mettait même en doute la fermeté et la sincérité des conseillers anglais qu'on lui avait donnés. Son plus grand désir aurait été d'avoir à sa disposition un jurisconsulte espagnol, ou, à son défaut, pour attendre moins longtemps, des canonistes ou hommes de loi flamands. Elle déclarait, au surplus, s'en rapporter au choix de l'empereur et à ses bons conseils ; on lui a dit que Sa Majesté écrirait une lettre pressante en sa faveur, elle l'en fait remercier <en lui disant que l'appui de ce puissant monarque est sa plus grande consolation dans ses souffrances et dans ses angoisses. Elle demande que les rois de Hongrie et de Portugal joignent leur intervention à celle de l'empereur pour prévenir l'effet des démarches de Henri VHI auprès de la cour de Rome.

Du reste^ malgré les défections de plusieurs de ses anciens partisans, malgré les influences qui l'entourent et qui l'obsèdent, la reine demeure toujours ferme et

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