VISITE DES DEUX LÉGATS A LA REINE CATHERINE
« plan que le pape m'a tracé. Ils sont si opiniâtrement « attachés à leur opinion qu'il est impossible de les en « faire dévier. Dans ma dernière conversation avec « Wolsey, il me dit et me répéta deux ou trois fois « en latin : Prenez y garde, mon Révérend Seigneur, « de la môme manière que la plus grande partie de la (( Germanie a été détachée de l'Eglise par la sévérité « et la rudesse d'un certain cardinal, il sera acquis à « l'histoire qu'un autre cardinal aura amené pour l'An- « gleterre les mêmes résultats. — J'ai maintenant l'im- « pression que, si le divorce n'est pas accordé, l'autorité « du Saint-Siège apostolique cessera d'être reconnue « en Angleterre. Et, à ce point de vue, Wolsey fait (( preuve d'un véritable dévouement pour son pays, « dont il sent la grandeur intimement liée à son atta- « chement à l'Eglise. »
Telle était la situation d'esprit des deux légats quand ils firent leur visite à la reine.
u En quittant le roi, dit Gampeggio, nous nous ren- « dîmes auprès de la reine, avec qui nous eûmes un « entretien de près de deux heures. Je lui remis la let- « tre du pape qu'elle lut avec une grande joie. Elle « me demanda ensuite ce que j'avais à lui dire. Je « lui répondis que le pape m'avait délégué avec Wolsey « pour s'informer où en était l'état de la question entre « elle et le roi ; mais, comme c'est une matière impor- « tante et pleine de difficultés. Sa Sainteté, dans sa « bonté paternelle, lui conseillerait, pour n'être pas « obligé de donner suite au procès, de trouver un moyen « de tout terminer à la satisfaction générale. Je n'en « dis pas davantage pour la voir venir et savoir ce « qu'elle demanderait. Le cardinal d'York parla dans
LEURS EXHORTATIONS ET RÉPONSES DE LA REINE. 26o
« le même sens autant que je pus comprendre, car il « s'exprima en anglais.
a Sa Majesté répondit : « Je veux sincèrement vivre « et mourir dans la foi catholique et dans l'obéissance « à Dieu et à sa sainte Eglise. Je veux soumettre ma « conscience à la volonté et décision du Saint-Père; « pour le moment, je ne vous ferai pas d'autre ré- « ponse, voulant prendre l'avis des conseillers que m'a « donnés le roi mon époux. Mais, ajouta-t-elle, j'ai a entendu dire que vous vouliez m'engager à entrer oc en religion. » J'en convins et je tâchai de lui persuader oc qu'en le faisant elle satisferait à sa conscience et à <i l'honneur de son nom ; que, d'ailleurs, elle conserverait a ses biens temporels et assurerait la succession de (1 sa fille; qu'elle ne perdrait rien et n'aurait à renonce cer qu'à \?i personne de son mari, persona del re, qui oc déjà lui avait été enlevée et qu'elle ne pouvait pas oc espérer de recouvrer. Elle éviterait ainsi les ennuis c( d'un procès pénible et le désagrément bien plus oc grand encore d'un jugement, qui, s'il était rendu ce contre elle, nuirait à sa réputation et jetterait une (t grande tristesse sur toute sa vie. De plus, elle serait oc privée dé son douaire et susciterait contre elle de a grandes inimitiés. Que si, au contraire, elle consentait ce à prendre ce parti, elle conserverait son douaire, la K tutelle de la princesse, son rang, et obtiendrait tout « ce qu'elle demanderait. De plus, elle serait sûre de a n'offenser ainsi ni Dieu, ni sa conscience. J'invoquai « comme précédent l'exemple d'une reine de France, « qui était aussi entrée dans un couvent et s'était « acquis ainsi beaucoup de considération. Les mêmes « arguments furent reproduits par le cardinal d'York ;