‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 210 sur 400 · LA REINE NE CRDE PAS, ELLE DEMANDE DES DÉLAIS · texte numérisé non relu

LA REINE NE CRDE PAS, ELLE DEMANDE DES DÉLAIS

« il osa lui parler ensuite des scrupules de conscience a de Henri VIII, desquels elle devait tenir compte; » puis il s'exprima à peu près en ces termes : « Son Ci Altesse a atteint la troisième et dernière période de a la vie; elle a donné de grands exemples de vertu « au monde, elle mettrait le sceau aux mérites de sa a vie en faisant profession dans un couvent ; ce serait (c le meilleur moyen d'éviter les maux incalculables « qui pourraient résulter de la discorde et des hostilités a entre elle et son époux. »

A ces mots, la reine témoigna quelque irritation et se laissa aller à des paroles amères contre Wolsey, qu'elle accusa d'avoir été la cause de tous ses malheurs ; mais bientôt elle reprit tout son calme, toute sa dignité; elle selourna alors du côté de Gampeggio : « Je tiens, (( lui dit-elle d'un ton très ferme, la conscience de mon (( époux en plus grande estime que quoi que ce soit (( au monde; mais je ne puis avoir, moi, aucun scrupule « sur mon mariage, je me regarde comme la vraie et « légitime épouse du roi d'Angleterre. En conséquence, « je considère comme inadmissible la proposition que « vous m'avez faite, vînt-elle de Sa Sainteté elle-même. « Je regarde comme certain que si le pape, au lieu d'éc( coûter les suggestions de mes ennemis, pouvait (c entendre ce que j'ai à dire pour ma défense, un tel (( conseil ne m'aurait jamais été donné. Fidèle enfant « de l'Eglise, je ne veux certes pas lui désobéir. Je de- « mande seulement à ne pas être condamnée sans avoir « été entendue K Je sais, au surplus, ajouta-t-elle en

1. Lettre d'Inigo de Mendoza à l'empereur, du 18 novembre 1528. Calendar ofstate papers, tome IV, p. 839-810.

HENRI DOiNNE UN CONSEIL DE DÉFENSE A LA RELNE. 267

« s'adressant toujours à Gampeggio, que vous infor- (( merez de tout le Souverain Pontife et que vous ferez (( loyalement votre devoir. Elle conclut cet entretien en « disant avec l'accent d'une profonde tristesse qu'elle a était une pauvre femme, isolée et étrangère, sans « amis, sans secours; et qu'elle aurait besoin, avec la (( permission du roi, de nous entendre encore dans une (c nouvelle audience ^ »

Gampeggio fut vivement touché de la fermeté et de l'élévation de ce langage. Les souffrances de ce malheureux cardinal étaient un obstacle sans cesse renaissant à la prompte expédition du procès. Quand il revint de l'audience de la reine, il fut atteint d'une violente attaque de goutte au genou, qui ne lui permettait pas de se mouvoir sans d'intolérables douleurs. Entouré de gros livres de théologie et de droit canon, assiégé parles visites de docteurs, qui lui apportaient leurs preuves et leurs autorités, harcelé par des importunités incessantes, recevant du pape des instructions réitérées qui lui ordonnaient de tâcher toujours de gagner du temps et lui interdisaient de dépasser les limites de sa commission, le légat Gampeggio ne pouvait goûter un seul moment de repos, ni de corps, ni d'esprit. Ghacun de ceux qui traitaient cette affaire avec lui, en était trop passionnément préoccupé pour avoir égard à ses cruelles souffrances.

Il apprit par Wolsey que la reine avait eu un entre-

1. Lellers and Despatches, p. 2101. Nous avons fondu onsoniblo le récit (le Campeggio et celui tlo Mondoza, puisés dans les deu\ dilTérents recueils. Mondoza n'était pas présent : mais il sut tout ce qui s'était passé, soit par les deux légats, soit par la reine elle-même. Gampeggio, peut-être à dessein, omet quelques-uns de ces détails.

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