MENACES SINISTRES DE HENRI VIII
(( et Thonnêteté qu'il a trouvées au roi son frère (le roi (( de France), ses scrupules de conscience à l'égard de « son mariage, et ajoutant qu'il entendrait volontiers (( en particulier le pour et le contre, mais qu'il ne « voulait pas qu'on s'exprimât, à ce sujet, en d'autres « termes qu'il ne faudrait tenir de son prince, car il (( n'y aurait si belle tête qu'il ne fît voler ^ »
Il y avait là comme un souvenir du supplice de Buckingham, comme un éclair du glaive qui serait bientôt remis au bourreau : c'était, en quelque sorte, une annonce sinistre de l'ère de tyrannie qui allait se lever sur l'Angleterre.
Quelques jours après, le même ambassadeur, dans la suite de sa correspondance diplomatique, dessinait fidèlement la situation de la cour, les habiletés politiques de Henri VIII et la surveillance de sa police dans un pays inquiet et sourdement agité.
« M"^ de Boulan (sic) à la fin ^ est venue. Le roi l'a « logée en fort beau logis, qu'il a bien fait accoutrer (( auprès du sien, et lui est la cour faite ordinairement « tous les jours, plus grosse que de longtemps ne fut (( faite à la reine. Je crois bien que l'on veut accoutu- « mer petit à petit ce peuple à l'endurer, afin que, quand
1. Lettre de Jean du Bellay, du 27 novembre 1528, Histoire du divorce, de Joachim Legrand, tome III, p. 218-219.
2. Henri VIII, par un sentiment de convenance, que l'on comprend, et peut-être d'après l'avis de Wolsey, avait renvoyé pour quelque temps lady Anne chez son père; quand il voulut la rappeler, la jeune lady reçut avec un dédain affecté l'invitation de son royal amant. Elle finit pourtant par cédor, non à l'ordre du roi, mais aux prières de son père. Cette petite scène fut admirablement jouée. Voilà pourquoi du Bellay dit : « à la fin elle est venue ! » Voir aussi Lingard, lome VI, p. 220.
ON FAIT LA COUR A ANNE DE BOLEYN. 28o
(( on viendra à donner les grands coups, il ne les trouve « si étranges ; et crois bien qu'il ferait plus qu'il ne (( fait, si plus il avait de puissance, mais bon ordre se (( donne journellement partout. Il se fait sur tout le « pays un guet grand et continuel ^ »
C'est dire que l'on se méfie de l'opinion du pays qui est révoltée, et que le mécontentement populaire est sévèrement surveillé par la police.
1. Lettre du 9 décembre 1528. Histoire du divorce, par Joachim Legrand, pièces justificatives, tome III, p. 231.