‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 229 sur 400 · INSTRUCTIONS DE HENRI VIII A SES AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DE HENRI VIII A SES AMBASSADEURS

On imputait à l'empereur de vouloir dominer en Italie et faire de Rome le siège de son empire : il aurait môme invoqué au sujet de ces ambitieux desseins d'anciennes prophéties. Les ambassadeurs devaient ramasser tous ces bruits épars, souvent puérils, et leur donner une certaine consistance.

Ils étaient chargés, en revanche, de faire briller aux yeux du Saint-Père les secours puissants et efficaces que lui fourniraient Henri VIII et François I", la promesse que lui faisaient ces deux monarques de lui donner un corps d'élite pour garder sa personne ; ils auraient soin de mettre en regard de l'égoïsme et des exigences de Charles-Quint le dévouement, le désintéressement du roi d'Angleterre. Puis, ils aborderaient avec circonspection la question des éclarcissements à demander sur les raisons secrètes pour lesquelles la procédure nécessaire afin d'arriver au jugement dans l'affaire du divorce, ne suivait pas son cours naturel et semblait entravée par des ordres venus de Rome. Ensuite on appellerait Tattention du souverain pontife sur la copie prétendue authentique d'un bref, produite par la reine et dont on n'avait jamais entendu parler jusque-là, ni aux jours du roi Henri VII, ni au temps de Ferdinand, ni sous Léon X ; et, s'il n'en existait pas de trace à la chancellerie romaine, on demanderait que Clément VII déclarât cette pièce fabriquée et fausse.

Dans ces instructions, signées par le roi lui-même^ les ambassadeurs sont aussi chargés de gagner à la cause du divorce, par des rémunérations convenables et par des conventions secrètes, les meilleurs avocats, les plus savants canonistes qu'on puisse trouver dans la ville éter-

292 IL PRIE LE PAPE d'uSER DE SA PUISSANCE PLÉNIÈRE.

neile ;, « on leur demandera si, au cas où la reine entrerait dans un couvent, même sans y faire de vœux perpétuels, le pape ne pourrait pas donner une dispense au roi pour contracter un second mariage, avec légitimation des enfants qui en proviendraient. Que si le pape ne pouvait pas le faire, au moyen de son pouvoir ordinaire subordonné aux lois divines et humaines aujourd'hui en vigueur, ne le pourrait-il pas en vertu de sa puissance plénière et absolue, qui domine toutes les lois ^ ? Et si la reine ne veut pas faire de vœux de chasteté ni entrer en religion, ne serait-il pas permis d'employer des moyens de haute police pour triompher de sa résistance ? Ces moyens ne seraient-ils pas justifiés par l'immense avantage qu'on en retirerait pour la sécurité du royaume et la succession du roi, dont on tranquilliserait la conscience, et d'ailleurs le pape ne pourrait-il pas, même en déchargeant Catherine de toute prononciation de vœux religieux, rompre le premier mariage et rendre légitime une seconde union ?

(c Enfin ne suffirait-il pas de constater que la cohabitation du roi avec la reine Catherine est devenue impossible, ^çÀi irropter conceptum odiiim, soit par d'autres raisons, et ne pourrait-on pas, en reconnaissant cette séparation nécessaire , autoriser un second mariage, quoique le premier ne fût pas annulé ? On puiserait dans l'exemple des patriarches du vieux Testament, des précédents applicables au cas actuel 2. ))

1. Si le pape a ce pouvoir, que devient rargument tiré du Lévitique contre les mariages entre beau-frère et belle-sœur?

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