‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 230 sur 400 · NOUVEAUX AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX AMBASSADEURS

Voilà où en était venu Henri VIII signataire de ces étranges instructions! On sait que les chefs du protestantisme allemand admirent que, dans certains cas, la bigamie pouvait devenir une nécessité légitime. Mais l'Eglise romaine sait mieux se respecter et faire respecter les traditions qu'elle tient de Jésus-Christ lui-même et de ses apôtres. Le pape, si on lui avait adressé une semblable requête, se serait senti profondément outragé dans sa dignité pontificale.

Heureusement, Henri, dans une espèce de postscript tum, avertissait Bryant et Vannes de ne pas exécuter la dernière partie de ses instructions avant d'en avoir conféré avec deux nouveaux ambassadeurs, dont il leur annonçait la prochaine arrivée, Knight, son secrétaire intime, et le docteur Benett.

En effet, dans son impatience d'en finir, le roi avait voulu joindre ces deux diplomates à ceux qui étaient partis depuis quelques jours seulement. Benett et Knight eux-mêmes se firent accompagner par le docteur Taylor et visitèrent avec lui François I" en passant en France. Ils parlèrent à ce prince de la production du bref nouveau, que l'on croyait faux et récemment fabriqué pour le besoin de la cause. Il semblait qu'il n'y eût pas de plus grave affaire, non-seulement en Angleterre, mais à Rome et dans l'Europe entière. Les ambassadeurs ne devaient pas laisser deviner quel serait le mécompte amer et la profonde peine de Henri, si on prouvait que ses soupçons de faux n'étaient pas fondés. Ils s'informeraient de ce qu'auraient fait leurs devanciers pour obtenir des indices de la fausseté de cette pièce. Le roi ne voulait pas se poser comme partie auprès de la cour de Rome, ce qui ont impliqué l'acceptation de la juriflic-

294 CONDlTlOiNS SINGULIÈRES IMPOSÉES AU PAPE.

tion pontificale; il désirait que ses ambassadeurs cherchassent à soumettre au pape comme une espèce de cas de conscience les inquiétudes que Henri avait conçues au sujet de la sincérité du bref récemment produit, tt Gomme le roi a toujours les yeux fixés sur l'autre « vie, il ne cherche que la vérité ici-bas, et, pour savoir « où elle est dans cette circonstance, il a recours au « pape comme à la source de toute vérité sur la « terre ^

« Que si le pape croit qu'il y ait là un véritable faux, a comme de très hauts personnages seraient impliqués « dans Tenquête que l'on ferait sur un crime semblable, « il pourrait, pour éviter de grands scandales, prononcer « ex cathedra que la pièce est fausse, ce qui couperait « court à toute discussion.

(( Le pape agirait encore cette fois en vertu de sa « puissance plénière !

« Il pourrait aussi donner une commission particu- « lière à ses légats pour instruire la cause de faux en « Angleterre.

« Que si le pape voulait évoquer à Rome le procès (( tout entier du divorce, on lui demanderait la pro- « messe qu'z7 rendrait sa sentence en faveur du roi.,. »

Quand on lit de pareilles choses, on a peine à en croire ses yeux ! Il semble vraiment que Henri ait perdu la tête, et on entrevoit qu'une sorte de folie perce à travers toutes ses roueries diplomatiques.

Cette folie, c'est sa passion.

Il y avait aussi des instructions des légats, qui pres-

1. Letters and papers, elc, p. 2159, et inlroduclion, tome IV,

p. CCCCXXII.

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