‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 236 sur 400 · LA POLITIQUE DE WOLSEY NE PLAIT · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DE WOLSEY NE PLAIT

« temps, s'était beaucoup rapproché de Henri VIII et (( qu'il se ferait un plaisir de condescendre aux désirs du « roi ».

Mais Wolsey ne se doutait pas que Metaxuela et le cardinal de Santa-Groce, bien instruits de tout ce qui se passait en Angleterre, avaient dit, peut-être même la veille, au souverain pontife, absolument tout le contraire de ce qu'affirmaient les ambassadeurs anglais.

Au reste, tout tournait contre le malheureux Wolsey : la prélature anglaise aurait été d'avis que l'officialité locale eût suffi pour décider au moins en première instance la question du divorce '.

Wolsey avait craint qu'en prenant cette voie, on n'aboutît à une séparation complète, c'est-à-dire à un schisme entre l'Angleterre et Rome. Pour maintenir le lien de la Grande-Bretagne avec l'Église catholique, il avait imaginé de demander que l'un des deux juges de l'affaire du divorce fût un représentant du pape, mais qu'en cette qualité, il pût prononcer en premier et dernier ressort. Glément VII ne voulut pas l'entendre ainsi et se réserva toujours la connaissance de la cause en appel. Wolsey croyait que le pape lui saurait beaucoup de gré d'avoir demandé un second juge et légat à Rome. Glément, accablé de soucis et d'inquiétudes, soit à cause des malheurs de l'Italie, soit par suite de l'hérésie luthérienne en Allemagne, aurait bien mieux aimé n'avoir pas encore sur les bras, dans un pareil moment, cette affaire délicate et difficile, qui lui créait toute

1. C'est la voie que choisit Napoléon P»' pour faire annuler son mariage avec Joséphine et pour être libre d'épouser Marie-Louise d'Autriche. Mais Napoléon avait pris ses mesures pour que nul appel ne fût porté à Rome contre la décision de l'oflicialité de Paris.

M A LONDRES. M A ROME. .'iOl

sorte d'embarras avec le roi d'Angleterre et l'empereur.

Ainsi Wolsey ne s'était pas du tout attiré la bienveillance du pape par l'expédient qu'il avait cru être une concession aux prérogatives pontificales, et le peu de succès qu'il avait obtenu jusque-là dans la poursuite du procès de divorce commençait à lui aliéner tout le parti des Boleyn. Lady Anne manifestait, depuis quelque temps, la plus vive exaspération contre le ministre à qui elle prodiguait, quelques mois auparavant, les témoignages de sa plus vive gratitude. Elle supposait que cet homme d'État jouait un double jeu et cherchait sous main à entraver le jugement du procès, « dans la « crainte de perdre le pouvoir du jour où elle devien- (( drait reine. C'est pour cela, dit Mendoza, qu'elle et son « père, le vicomte de Rochford, se sont alliés avec les « ducs de Norfolk et de SufTolk pour conspirer la ruine « de Wolsey. Rien ne pouvait faire croire que ces ma- « chinations eussent produit de l'effet sur l'esprit du « roi, si ce n'est qu'au dernier soir, lors de sa grande « réception, le cardinal semblait préoccupé et qu'il avait (( été moins gracieux qu'à l'ordinaire. On crut remar- « quer que quelques mots assez aigres auraient été échan- « gés entre le roi et lui. 11 n'est pas probable, cependant, « que, vu la situation actuelle et le caractère de Henri, « le mécontentement de ce prince prenne en ce moment « une autre forme ^ »

D'ailleurs, ce qui pouvait contribuer à apaiser les impatiences et à calmer la mauvaise humeur du roi, c'est

1. Lettre de Mendoza à rompcrour, dos 3 et i février 15"i9; Calenilar, etc., par Gayangos, tome IV, p. 884-883.

302 URGENCE d'UiNE DÉCISION.

que lady Anne se relâchait, disait-on, de son apparente rigueur. Suivant du Bellay dont le langage est moins sérieux et moins diplomatique que celui de Mendoza, « je me doubte fort que, depuis quelque temps \ (( ce roy ait approché bien près de mademoiselle Anne, (( pour ce ne vous esbahissez, si l'on voudrait expédi- « tion ».

Puis cet ambassadeur fait entendre qu'il y a eu anticipation de mariage et que cette anticipation commencerait à devenir visible.

Une décision prompte, qui rendrait possible la régularisation de cette union, était donc plus urgente que jamais.

Dans l'extrémité où il était réduit, Wolsey fit écrire par du Bellay au roi de France pour réclamer son appui en Italie auprès du pape. Il écrivait en même temps à Racket, l'agent diplomatique employé par l'Angleterre à la cour de Flandre, pour lui demander des renseignements sur les rapports de l'empereur avec François I". Du Bellay rappela à sa cour que Wolsey avait toujours été favorable à l'alliance française et qu'il avait refusé, pour y être fidèle, les offres les plus flatteuses et les plus brillantes de Charles-Quint. François et la reinemère transmirent à leur ambassadeur les expressions de leur vive gratitude pour le cardinal. Mais ils ne firent espérer que bien vaguement des secours effectifs en Italie. Et cela n'est pas étonnant, car, au moment môme où il donnait de bonnes paroles au ministre an-

1. Voir ses lettres des mois de mai et de juin 1529, p. 2508 des Letters and papers, et tome III< Histoire du divorce^ etc., par Joachim Lc'Mand.

FRANÇOIS 1^^^ NÉGOCIE AVEC l'eMPEREUR. 303

glais, le roi travaillait secrètement à faire des arrangements de paix avec l'empereur.

Hacketh écrivait à Wolsey, à la fin du mois de janvier : (( J'ai été informé par deux personnages dignes « de foi que la régente et le roi se sont mis secrètement <( en communication avec la princesse Marguerite et (( son ministre Hogestrath pour arriver à la conclusion (( de la paix avec Charles-Quint, à Tinsu de Henri VIII (( et du cardinal. L'archiduchesse a dit, le dernier soir, (( que M'"*' d'Epinay était venue tout récemment de (( France, chargée d'un message verbal pour elle, afin (( de l'avertir que François V travaillait à s'arranger (( avec l'empereur, et que si cet arrangement réussis- « sait, Henri ferait bien de renoncer à certaine fantai- « sie dont il avait eu l'idée. — Gela me paraît, dit Hac- « keth, un langage bien indiscret pour un si noble (( prince. — Monsieur l'ambassadeur, répondit-elle, (( vous avez fait tout ce que vous avez pu pour obliger (( les Français, mais vous finirez par trouver que votre « confiance en eux était assez mal placée. »

Wolsey ne tint pas grand compte de cette lettre, parce qu'il regardait Hacketh comme un homme de peu de consistance, et comme étant porté à prendre au sérieux les moindres commérages. D'ailleurs du Bellay, à qui il communiqua ces informationSj le rassura complètement. Il est cependant singulier qu'un homme d'Etat ordinairement aussi attentif que le cardinal ait négligé de tels renseignements, au point de ne plus s'en occuper du tout.

11 se décida toutefois, en voyant les difficultés croissantes de la situation, à envoyer Gardiner à Rome pour aider et diriger les autres ambassadeurs.

304 MALADIE DE CLÉMENT Yll. — AMBITION DE WOLSEY.

Mais, peu de temps après le départ de cet agent diplomatique, une grande nouvelle vint faire diversion dans l'esprit de Wolsey à toute autre pensée : c'était celle d'une maladie dangereuse de Clément Vil ; on fit même courir le bruit de sa mort.

Alors le roi d'Angleterre songea immédiatement à faire élire pape le cardinal Wolsey si le siège apostolique devenait vacant. Le cardinal lui-même désirait passionnément la tiare, soit pour satisfaire sa vieille ambition, soit pour sortir de l'impasse difficile où il se trouvait placé en Angleterre. Le roi de France lui promit son concours au conclave. On fit une supputation éventuelle des voix. On trouva que le parti anglo-français pouvait compter sur vingt voix et il n'y avait que trente-cinq cardinaux en tout, sur lesquels cinq ou six pouvaient encore être gagnés K Mais la Providence, en sauvant les jours de Clément VII, mit fin à ces odieux calculs, par lesquels on cherchait à spéculer sur sa fin qu'on avait crue prochaine. A peine était-il en convalescence ~ que les agents anglais se frayaient un chemin jusqu'à son lit et cherchaient à exploiter sa faiblesse physique pour obtenir de lui ce qu'ils désiraient. Mais toutes leurs instances mêlées de flatteries et de

1. Voir la liste nominative des cardinaux des deux partis avec des notes sur chacun d'eux (leUre de Carpi, agent français, du 2 février, rapportée dans le troisième volume de ^Histoire du divorce, par Joachim Legrand, p. 299 et suivantes».

2. Lingard, tome VI de la traduction, p. 218. On n'aurait pas môme attendu sa convalescence, car, d'après les instructions de Henri VIII, les ambassadeurs devaient forcer l'entrée auprès de lui et le voir même in arliculo moriis, attendu qu'il serait plus disposé à la juslice en étant près de paraître devant Dieu ! Brewer, Introduction,

p. GGCGLVII-CGGCLVIII.

LES AGENTS ANGLAIS OBSÈDENT CLÉMENT VII. 30o

menaces, vinrent échouer contre la sagesse et la fermeté du pontife. — « Il ne pouvait pas, disait-il, ôter à Catherine les garanties que le droit-canon accorde à tout accusé ou à tout défendeur dans un procès quelconque. La plenaria potcstas ne l'autorisait pas à changer le vrai en faux, ni le juste en injuste. 11 était très dévoué au roi, mais il ne pouvait lui*rendre que les services compatibles avec la raison et avec l'équité. » Suivant son expression, « le roi avait une bonne place dans son Pater nosler^ mais aucune dans son Credo ! »

Tous les expédients des diplomates anglais étaient frappés d'impuissance, toutes leurs espérances déçues. Ainsi Vannes écrivait que même si la reine entrait en religion, le pape, ayant consulté sur ce point les plus savants canonistes de Rome, avait déclaré que, d'après leur avis, il n'aurait pas le droit de permettre au roi de contracter un second mariage.

Quant à l'affaire du prétendu faux. Clément écrivit lui-même à Henri VIII, le 29 avril 1529, quïl ne pourrait se prononcer à cet égard qu'après avoir entendu les deux parties.

Le pape avait offert d'envoyer exprès un délégué en Espagne, qui, de concert avec les ambassadeurs anglais, irait examiner l'original sur les lieux et le confronterait ivec la copie. Mais Gardiner et ses collègues ne voulurent pas y consentir ; le temps pressait et il fallait prendre une décision immédiate. Gardiner n'épargna pas les scènes violentes au malheureux pontife au moment où il se tordait dans des douleurs qui semblaient être celles de l'agonie ; il ne put rien gagner sur cette ôime vaillante qui dominait toujours les souffrances du corps. C'est en vain que lui et ses collègues demandè-

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