CHANGEMENT DE POLITIQUE DE WOLSEY
expédierait l'affaire à Londres avec toute l'activité et toute la promptitude possibles. On se persuadait que, le jugement une fois rendu en Angleterre, le pape l'accepterait et ne ferait rien pour contrarier Henri VIII, à qui il avait toujours témoigné une grande bienveillance.
En conséquence, dès la fin de mai, la cour ecclésiastique chargée du jugement de l'afTaire du divorce se constitua dans la grande salle du palais de Blackfriars, à Londres, laquelle fut convenablement disposée et richement décorée pour la tenue des audiences. On nomma des notaires ou greffiers, ainsi que des huissiers, afin de compléter la cour, et on leur fit prêter serment. A côté et à droite des deux juges, un fauteuil était réservé au roi, à gauche un fauteuil semblable était destiné à la reine. Vis-à-vis des juges, et dans l'enceinte même de la cour, il y avait des sièges pour l'archevêque de Gantorbéry et les autres évêques anglais. En dessous du fauteuil du roi devaient se tenir ses deux conseillers, le docteur Sampson et le docteur Bell, et au-dessous de celui la reine, Glerck, évêque de Bath, Standish, évêque de Saint-Asaph, et le docteur Ridley, exégète et théologien fort distingué. Le matin du 31 mai, les légats en* trèrent dans cette salle avec tous les insignes de leurs dignités, Wolsey siégea à la droite de Gampeggio ; et la parole fut donnée à l'évêque de Lincoln ^ afin de lire la bulle qui avait institué les deux légats commissaires pour juger l'affaire du divorce. Après qu'il eut fini sa lecture, ce prélat fut chargé, en s'entendant avec le docteur Bell et l'évêque de Bath, de donner assignation au
1. L'évêque de Lincoln était le docteur Longland^ confesseur du roi.
IL VEUT AVANT TOUT EXPÉDIER l'aFFAIRE DU DIVORCE. 319
roi et à la reine d'Angleterre pour comparaître devant la cour le 18 juin suivant.
Le sort en était jeté : la lutte poursuivie depuis longtemps dans Tombre était portée sur le terrain officiel et légal. Les solennités de ce genre ont toujours eu un vif attrait pour la nation anglaise. Mais il faut avouer que cette grande assise judiciaire devait avoir un intérêt plus élevé, plus palpitant, que n'en avaient jamais présenté toutes celles qui s'étaient tenues, depuis plusieurs siècles, à Londres et peut-être dans le monde entier.
Catherine était encore bien moins au courant que ne pouvait l'être Henri VIII lui-même, de tout ce qui venait de se passer dans l'intérêt de sa cause, soit en Espagne, soit à Rome. Elle avait dû recevoir, il est vrai, de son neveu Charles-Quint une lettre datée du 23 avril et qui se terminait ainsi : «Comme un procès de cette nature, « pour être instruit et jugé librement, doit être déféré à « notre Saint-Père le pape et à son Saint-Siège aposto- « lique, nous réclamons énergiquement pour qu'il ne « soit pas jugé ailleurs que dans sa cour, d'autant plus « que notre honneur et celui de tous nos parents et « amis se trouve intéressé dans l'issue de cette affaire. « Soyez bien assurée, sérénissime reine, très chère et « bien-aimée sœur et tante, que je ne faillirai pas dans « ce que je considère comme un devoir ^ »
Mais on ne sait pas si cette lettre était parvenue à la reine pendant le mois de mai. Dans tous les cas, elle ignorait si les protestations et pétitions dont parlait Charles-Quint avaient été faites : et enfin, Mendoza qui avait toujours été son appui fidèle, qui la mettait, en
l. Calendar, tome IV, p. 980 cl 990.