AUDIENCE SOLENNELLE
Dès que l'audience fut ouverte, le roi, se tournant du côté de ses juges, leur adressa une courte allocution dans laquelle il exprima la ferme résolution où il était de cesser de vivre en péché mortel, comme il l'avait fait depuis bientôt vingt ans. Il ne se sentirait pas, disait-il, à l'aise avec sa conscience, jusqu'à ce que l'on eût pris une décision relative à la légalité ou à l'illégalité de son mariage ; il demandait donc que le jugement fût rendu le plus tôt possible. Ensuite Wolsey prit la parole et déclara que, quoiqu'il eût été comblé des bienfaits du roi et qu'il pût par conséquent, être suspect de partialité, — du moment qu'il avait reçu une commission du souverain pontife, il jugerait suivant ses pauvres lumières ^, mais en son âme et conscience, et qu'il n'omettrait rien de ce que la justice pouvait exiger. Les deux légats rendirent ensuite une sentence par laquelle ils rejetèrent l'appel interjeté à Rome par la reine. Mais Catherine déclara renouveler cet appel et y persister, puis elle alla se jeter aux pieds de son royal époux : « Pitié et justice, Milord, s'écria-t-elle, d'une voix en- « trecoupée par une vive émotion ; je ne suis qu'une « pauvre femme étrangère, éloignée de ses parents, de « ses amis, de tout secours ; vous le savez, Milord, et (( j'en prends Dieu pour juge, si je n'ai pas, durant les « vingt années de notre mariage, été toujours pour vous « une femme docile, fidèle et dévouée; vous savez en- (( core, et j'en appelle à vous-même, que j'étais vierge (( quand je me suis unie à vous. Si je ne dis pas la yô- « rite, que l'on me chasse comme une infâme, j'y con- « sens Qu'ai-je donc fait pour être répudiée et flé-