MAGNIFIQUE PROTESTATION DE CATHERINE
« trie, pour voir cette tache de déshonneur s'étendre « sur mes enfants ^ mes parents et ma race entière ?... a Tout m'est suspect dans ce qui m'entoure, mes juges i< et môme mes conseillers, sujets du roi et ayant reçu
« ses bienfaits et ses faveurs Je déclare donc que je
« désire que l'on reconnaisse et que l'on confirme la « validité de mon mariage ; mais je veux que cette déci- (( sion me vienne de Rome, c'est à Rome que je porte (( mon appel. C'est là seulement que le procès sera f( jugé sans aucun soupçon de complaisance ou de parce tialité. Je demande que cet appel soit transmis « au pape. Je demande à être désormais dégagée de toute « entrave, et à pouvoir correspondre en toute liberté (c avec Rome et avec l'empereur ^. »
l.Ceux même qu'elle avait eus et qu'elle avait perdus, devaient être, en cas de divorce, considérés comme bâtards.
2. L'historien Burnet, qui a souvent contesté ou nié les faits les plus avérés, quand ils contrariaient ses idées préconçues, a trailc' cette scène de fabuleuse, quoiqu'elle soit attestée par plusieurs contemporams et, entre autres, par le secrétaire même de Wolsey, Cavendish, qui, apparemment, était en mesure d'être bien informé. Mais voici qui enlèverait toute espèce de doute, s'il pouvait encore en subsister à cet égard. M. Steplienson, érudit très distingué, vient de découvrir au Vatican deux lettres chiiïrées adressées à Salviaii, à Rome, par Campeggio lui-môme.
La dernière est datée du 21 juin 1529 et a été écrite probablement au sortir même de l'audience. Le cardinal dit que le 18 juin « com- « parse la renia personalmente, interposuit appellationem in forma, « recursô li judici, cum inserlionibus causarum deduxit avocalionem « causa? ad curiam et sic litis pendentiam, protesté de nuUitate omu nium agendorum. Li démo termine ad premam che è stato oggi aile « ventiuno, ad audiendam voluntatem nostram super deductis ab eâ, '< et cosi oggi si è pronunliato nos esso judices compétentes, roj<?ctis « omnibus ab eâ deductis. Lei ha interposlo una amplissimn appel- « latione et supplicationem ad Pontillccm et recessil ; ma prima ibi « coràni tribunali urenullexa, bencliè il re due voile la solle-
328 CATHERINE QUITTE l'aUDIENCE.
Pendant qu'elle prononçait ces paroles, deux fois le roi avait voulu la relever, deux fois elle était retombée à ses genoux; mais, quand elle eut fini, au lieu de retourner à sa place, après avoir salué le roi et la cour, elle sortit de la salle appuyée sur le bras de son receveur des comptes, sir Griffith. Le roi^ la voyant partir, commanda qu'on la rappelât à l'audience. Alors l'huissier cria : « Catherine, reine d'Angleterre, la cour vous invite à revenir devant elle. — On vous appelle. Madame, lui dit Griffith. — J'entends, dit-elle ; mais, malgré mon respect pour la cour, je ne reviendrai pas en arrière. y> Et elle quitta la salle, sans faire aucune réponse ni dans ce moment, ni plus tard ; car elle ne voulut plus désormais comparaître devant la cour des légats ^
« vasse demandô licentia al re che por Iraltarsi del honore et conscien- « lia sua e délia casa di Spagna, le volessi concedere libero adito di « scrivere e mandare messi à Cesare e a Sua Sanlità, et se gli la con- « céssero, cosi credo, mandarà con copia di tulto quella si è flatta, per « che abbiamo deliberato che de omnibus ad ejus petitionem gli sià « dato copia. » Sans doute la scène et l'allocution de la reine sont abrégées dans cette lettre mêlée, comme on le voit, de latin et d'italien. D'ailleurs Campeggio, qui ne comprenait qu'imparfaitement l'anglais, a pu ne pas saisir toutes les paroles de Catherine prononcées, dit un contemporain, in hroken english ; mais tous les éléments principes du récit de Gavendish se retrouyent dans celui du cardinal, et il y a de > plus quelques incidents de procédure omis, soit par Gavendish, lui-même, soit par d'autres chroniqueurs. Voir l'appendice à la dernière page de V Introduction de Letters andDespatches, par le docteur Brewer.
1. Griffith Richard, receveur des comptes de la reine, a fait luimême le récit de ces divers incidents, et c'est le chroniqueur contemporain auquel Shakespeare a le plus emprunté, dans la scène de son drame de Henri "VIII, où il fait si noblement parler Gatherine d'Aragon et où il lui a suflî de reproduire la vérité historique pour être sublime.
LES DEUX LÉGATS REÇOIVENT l'aPPEL DE CATHERINE. 329
Les juges, après l'avoir fait citer trois fois par l'huissier, — sur son refus de répondre, — la déclarèrent contumace. Tout en rejetant son appel comme mal fondé, ils ne lui refusèrent pas une copie du procès-verbal de tout ce qui s'était passé, dans cette audience, pour qu'elle pût en faire l'usage qu'elle voudrait.
Les deux parties furent assignées à comparaître de nouveau le vendredi 2o juin. Avant et après les deux audiences précédentes, quand Catherine venait de Baynard's Gastle où elle demeurait ^, au palais de Blackfriards, les femmes du peuple qui étaient sur son passage lui criaient : Courage, courage, tenez bon jusqu'au bout ! « Si ce procès avait pu être jugé par les femmes, « la reine gagnerait son procès, » dit du Bellay avec une nuance d'humeur assez marquée ; puis il ajoute ironiquement : « Pour toute réponse, elle se recommandait à « leurs bonnes prières, suivant la mode espagnole -. »
Suivant Cavendish, le roi, après le départ de Catherine, cédant peut-être à l'entraînement général, ne put s'empêcher de faire hautement son éloge, a Oui, Milords, « dit-il^ cela est vrai, la reine a toujours été sincère, a obéissante, se conformant au moindre de mes désirs. (c Elle possède toutes les qualités qui conviennent à tt une noble princesse et celles même que l'on pour- « rait désirer dans une femme de condition inférieure. « Mais cela ne change rien à la question qui est en « litige. »
On put remarquer qu'il ne protesta pas contre l'affir-
1. p. ccccLVii, tome IV, Introdiivt., Brewer, et p. cnccLxiiu. La reine rcslail donc à Londres, dans un (luartier peu éloigné de Blackfriards» tandis que le roi était à Greenwich avec lady Anne.