‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 267 sur 400 · QUELQUES MOTS TRÈS DIGNES DE CAMPEGGIO · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS TRÈS DIGNES DE CAMPEGGIO

pouvait réclamer contre cette jurisprudence invoquée avec tant d'autorité.

Il paraît que Gampeggio avait reçu du pape l'ordre de suivre les usages de la cour de Rome et de surseoir à tout jugement jusqu'à de nouvelles instructions.

Le silence d'étonnement gardé par l'auditoire, évidemment déçu dans son attente, l'air menaçant de quelques seigneurs qui étaient présents, furent cause que Campeggio crut devoir ajouter quelques mots à cette annonce du renvoi des débats. Il dit qu'aucune considération ne le ferait dévier de son devoir; qu'il était trop vieux, trop faible et trop malade pour désirer la faveur ou craindre le ressentiment de qui que ce fût. La reine avait récusé les deux légats comme juges, attendu qu'ils étaient sujets de la partie adverse. Dans de telles circonstances, la cour avait cru devoir suspendre ses séances jusqu'à ce que le souverain pontife eût statué sur ces difficultés et pris une décision définitive. •

Alors le duc de Suffolk, ne pouvant plus se contenir, donna un violent coup de poing sur la table en s'écriant : « Par la Mort-Dieu, le vieux proverbe a bien raison, a jamais cardinal n'a porté bonheur à l'Angleterre ! »

a Sir, reprit alors Wolsey avec beaucoup de calme a et de dignité, de toutes les personnes vivantes de ce « royaume, vous êtes celle qui seriez le moins en po- (c sition de décrier les cardinaux; car, bien que je ne a sois qu'un pauvre cardinal, si je ne l'avais pas été, a vous n'auriez pas actuellement votre tête sur les cpau- « les. »

Puis, après cette vigoureuse réplique, il lui représenta que les légats n'étaient que les commissaires du pape.

3i8 ALTERCATION DE SUFFOLK ET DE WOLSEY.

et que, devant des difficultés nouvelles et imprévues, ils devaient avoir recours au souverain dont émanait leur mandat. « Apaisez-vous donc, Milord, reprit-il, et « ne vous montrez pas si hostile, si injurieux pour un « ancien ami. Vous connaissez tout le dévouement « que j'ai eu pour vous, dans des circonstances « bien délicates ; mais je ne l'avais encore réa vêlé à personne, soit à ma louange, soit à votre « honte! »

Le duc atterré garda le silence. Henri VIII avait voulu faire juger Suffolk pour crime de haute trahison parce qu'il avait licencié son armée avant la conclusion de la paix, contrairement aux instructions du roi lui-même : Wolsey avait paré le coup.

Le roi s'était déjà retiré dans l'intérieur de son palais de Bridwel. La cour des légats fut déclarée dissoute ^ Quinze jours après on apprenait à Londres que

1 . Il y aurait eu, à la dernière séance, une altercation nouvelle entre Wolsey et Fisher, suivant un récit de Cavendish. Fisher ayant cité le fameux axiome, Quod Deus conjunxit, homo non separet, Wolsey lui aurait répondu : « Précisément les conseillers et avocats du roi « font valoir de graves présomptions pour que le mariage, dès le « principe, n'ait pas été bon et valide. Ergo, Dieu n'aurait pas cona joint les époux, et alors votre axiome resterait sans application. »

Et Ridley, à son tour, s'étant écrié que c'était un scandale que de discuter publiquement sur la consommation ou la non-consommation du premier mariage, et que c'était offenser cruellement des oreilles honnêtes que de les forcer à entendre de pareilles choses, Wolsey aurait répondu : « Les assertions indécentes appellent d'indécentes réponses. »

Il doit s'être passé quelque chose de semblable dans les débats du

procès; seulement Wolsey, d'après cette version, aurait eu dans la

discussion un avantage complet. Il faut se rappeler que Cavendish

était son secrétaire et qu'il fut toujours son serviteur dévoué. {Vie de

Wolsey, par Cavendish, p. 224.)

Page 1