‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 27 sur 400 · XL INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XL INTRODUCTION HISTORIQUE

Aussi il ne vit pas avec plaisir l'union tout artificielle de l'Autriche et de l'Allemagne avec la péninsule espagnole. Mais, d'un autre côté, quand il fut question de rétablir le royaume d'Aragon pour Ferdinand, le frère cadet de Charles-Quint, quoique ce jeune prince fût son petit-fils préféré, Ferdinand le Catholique déclara nettement qu'il ne voulait pas même entendre parler de ce néfaste projet : « L'Aragon et la Castille ont été réunis sous le « même sceptre, dit-il ; il faut qu'ils restent à jamais « soudés l'un à l'autre ^. »

Suivant plusieurs publicistes distingués de l'Espagne, rinquisition qu'Isabelle envisageait surtout au point de vue religieux, aurait été pour le roi Ferdinand un puissant moyen de centralisation monarchique. Ce prince prévoyait qu'un pareil tribunal abaisserait sous son niveau redoutable les grands comme les petits, qu'il donnerait à la justice ordinaire le bon exemple de ne pas faire acception de personnes, et que les seigneurs les plus puissants seraient mis à la raison par des juges rendant des arrêts au nom de Dieu, pour qui tous les hommes sont égaux.

Voilà comment ce roi de la fin du moyen âge fut conduit, par ses idées toutes modernes, à fonder l'Inquisition.

1, Instruction to Pedro de Qaintana, Archives des Simancas, tratados con Inghil terra, Legais, IV, fol. 87.— Voir aussi dans le Calendar, tom. Il, la lettre à Armengol, p. 160, du 22 septembre 1513, et celle à Fernand do Lanuza, p. 187, 20 décembre 1513.

INTRODUCTION HISTORIQUE XLl

Prudent et modéré en tout, il n'aimait pas les guerres trop longues et les trop vastes conquêtes. Son système était qu'il fallait d'abord consolider de modestes acquisitions faites par la force des armes ; le vainqueur pouvait ainsi laisser reposer ses troupes, faire de nouveaux préparatifs, et renouveler la guerre plus tard avec plus de succès.

C'est lui qui, inaugurant une méthode toute différente de celle de Louis XI, et certainement plus honnête et plus noble, mit fin à tous ces moyens d'espionnage et de corruption pratiqués dans les cours étrangères, pour y substituer le système des ambassadeurs ^ ayant un caractère reconnu et accrédités à poste fixe.

Quoique plein de sens et de capacité pour les affaires, Ferdinand était peu lettré. Des auteurs espagnols, même très graves, ont mis en doute s'il savait signer son nom. Rien n'est moins fondé qu'un doute pareil. Nonseulement Ferdinand savait signer, mais on a récemment découvert des lettres entièrement autographes et écrites par lui en pur castillan ^. Dans quelques-unes de ces lettres adressées à Isabelle, on trouve un langage affectueux et une grande délicatesse de sentiments. En

1. Suivant quelques auteurs, le mot môme d'ambassadeur viendrait du mot espagnol de embiar, envoyer. Voir Prescott, Ferdinand et Isabella. Tom. 1" de l'édit. de Baudry, p. 258.

2. Il y a plusieurs de ces leUres à Simancas, chez le duc de Frias à Madrid, et dans la collection des autographes de la bibliothèque de Madrid. L'éditeur Bergenroth dit en avoir vu et lu un certain nombre. Introduction au P"" volume du Calendar, p. xxxvi.

Page 1