‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 276 sur 400 · WOLSEY TOMBE MALADE · texte numérisé non relu

WOLSEY TOMBE MALADE

méritait, comme le fou du roi Lear, un maître plus reconnaissant ^

Wolsey remonta ensuite à cheval, et reprit, le cœur un peu moins triste, le chemin de son exil.

Mais, à dater de ce moment, Henri VIII ressentit de plus en plus l'influence de la personne qu^on appelait son oiseau de nuit, et cette influence était funeste à Wolsey qui ne reçut plus de réponse aux lettres qu'il adressait au roi. Dans sa maison isolée d'Asher, privé de toutes les douceurs de la vie, dévoré d'inquiétudes et livré aux plus cruelles angoisses, il tomba gravement malade. Alors l'intérêt de Henri pour ce vieux serviteur se réveilla encore, au moins momentanément; il envoya trois médecins à Asher, et, afin de lui ôter toute inquiétude, il obligea Anne de Boleyn de lui adresser des tablettes d'or, avec un message poli et bienveillant.

Mais Wolsey entra en convalescence, et, quand on le crut entièrement rétabli, on lui intima l'ordre de résigner à la couronne tous ses bénéfices ecclésiastiques, à l'exception de l'archevêché d'York; sur les revenus de l'évêché de Winchester, on ne lui réservait que mille couronnes; le reste fut partagé entre le duc de Norfolk, le vicomte de Rochford, leurs parents et leurs

amis.

On avait exercé deux actions judiciaires différentes contre Wolsey, la première devant la chambre des communes pour fait de haute trahison, la seconde devant la cour du banc du roi, pour contravention aux statuts

1. Ce fou s'appelait William ou plus familièrement Patch. (Cavendish, p. 182-188, 191, et Tytler, p. 279.)

WOLSEY FRAPPÉ d'iNCAPACITÉ POLITIQUE. 361

de jrrœmunirc. Sur la première de ces poursuites , il fut acquitté ; sur la seconde, il fut condamné. Cette condamnation le frappait d'incapacité politique , et ne lui permettait plus d'exercer aucune charge de l'État; elle entraînait également la confiscation de tous ses biens personnels au profit du fisc. Wolsey s'adressa à Gardiner pour obtenir une remise au moins partielle de cette peine. Cette grâce lui fut accordée et le roi lui donna même quittance d'une dette personnelle ; mais on lui confisqua son palais d'York et le riche mobilier qu'il contenait. Ce palais était un bien ecclésiastique et Wolsey n'aurait pas eu le droit d'en faire l'abandon. Il y consentit pourtant, pour ne pas exciter davantage l'irritation de Henri VIII.

Il quitta bientôt Asher et se rendit à la chartreuse de Richement. Là, il fit une véritable retraite , partageant son temps entre les prières et les mortifications ; mais il était encore trop près de la cour.

Anne de Boleyn voyait bien qu'il y avait dans le cœur de Henri VIII un reste d'affection pour son vieux serviteur, et qu'il ne se rendait pas sans combat aux suggestions hostiles dont elle l'entourait. Il fallait donc tenir le cardinal toujours éloigné, de manière qu'il ne pût pas se rapprocher du roi et lui faire entendre des explications plausibles ou de dangereuses récriminations. Quant à elle, elle était toujours là, épiant les fautes qu'il pourrait conmiettre, recueillant non-seulement les actes, mais les propos vrais ou faux qui lui étaient attribués, et l'entourant d'espions et de traîtres comme nous le verrons plus tard. Elle était d'ailleurs appuyée, dans cette guerre sourde et implacable, par tous les conseillers et les ministres du nouveau cabinet qui

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