CROMWELL LUI PRÊTE (( LE PRINCE » DE MACHIAVEL
courir ranimadversion des rois et à se jeter tête baissée dans les plus grands dangers, s'ils ne savent pas accommoder leurs discours aux temps, aux lieux et aux personnes. Sachez-le bien, jeune honime, un conseiller prudent doit y regarder attentivement pour découvrir quelle est la volonté intime et réelle du souverain et, après ravoir bien constatée, tout en affectant de ne le détourner d'aucun devoir ni d'aucune vertu (car les princes tiennent beaucoup à ces apparences), il doit donner tous ses soins à condescendre aux désirs de son maître et à les rendre acceptables.
et Un ministre de Néron, ajouta-t-il, n'aurait dû témoigner aucune horreur pour le meurtre d'Agrippine, une fois ce parricide commis : mais il aurait agi tfès sagement s'il s'était attaché à calmer la conscience du pfince, et à inventer pour lui des raisons d'Etat afin de le mettre en paix avec lui-même. »
« Et comme Gromwell s'aperçut que, loin d'être séduit, j'étais plutôt révolté par de pareilles insinuations. — Vous n'avez point d'expérience, me dit-il ; pour me bien comprendre, il faudrait, cdînme moi, avoir pratiqué les affaires publiques. Autre chose est de gouverner les hommes, autre chose de disputer dans les écoles. » Puis il me conseilla la lecture de Machiavel, qui était pour lui comme le bréviaire de l'homme d'Etat, et m'envoya le lendemain le livre du Prince.
« Dès que j'eus commencé de lire cet ouvrage, dit naïvement Réginald Polus, il me sembla qu'il avait été écrit de la main même de Satan ^ »
1. u Vix cœpi légère quîn Saianœ diglto ëcriplurti agnoscerein. » Apologia ad Carolum quintum Cœsarem, par Polus.