SON INDÉPENDANCE ET SON TALENT
orateur de n'en rien faire, au nom de sa dignité. C'est ce dernier conseil que suivit Thomas Morus.
Sur ces entrefaites, Henri VII mourut. Thomas n'eut plus besoin d'aucun sacrifice d'honneur pour racheter la liberté de son père ; envoyé au parlement par ses concitoyens, lors de la session de 1S22-1523, il s'y distingua comme orateur ; il fut nommé leader ou président de la chambre des communes ^ Mais ce fut surtout au barreau que Morus se fit une brillante position.
On le chargea un jour, auprès de la chambre étoilée, d'une cause intéressante : le nonce Pavait choisi pour réclamer, au nom de la cour de Rome, un vaisseau de Léon X qui avait été saisi au profit de la couronne d'Angleterre. Il gagna sa cause et Henri VIII, qui assistait à l'audience, fut tellement ébloui du talent de l'éloquent avocat qu'il le fit successivement maître des requêtes, membre du conseil privé, trésorier ou chancelier du duché de Lancastre.
Une plaidoirie heureuse pour un pape avait été la cause de son élévation ; son dévouement pour la papauté fut plus tard le motif de sa disgrâce et de sa ruine.
Henri VIII, en le choisissant pour chancelier et gardien du sceau de l'Angleterre, avait eu soin de le prendre dans une famille peu élevée, qui ne se trouvait alliée ni aux grands dignitaires du clergé ni à la haute noblesse du pays. Il comptait sur la reconnaissance servile de Morus qui lui devrait tout : mais il avait à faire à une conscience trop noble et trop pure pour se donner ou pour se vendre.