ORIGINE ET RAPIDE ÉLÉVATION DE GROMWELL
de Rochford qui fut créé comte de Wiltshire, se compléta un peu plus tard par l'adjonction de Gromwell, l'ancien secrétaire de Wolsey.
Gromwell était le fils d'un foulon des environs de Londres. Il avait pris de bonne heure du service comme volontaire dans l'armée du connétable de Bourbon en Italie. Il assista au sac de Rome; là, il devint teneur de livres d'un libraire vénitien, et se mit au courant de la littérature italienne de cette époque. Il ne tarda pas à revenir à Londres , se fit inscrire au barreau et se rangea parmi les hommes de loi qui font profession de défendre les droits de TEtat ^ C'est à ce titre qu'il fut nommé par Wolsey intendant des petits monastères sécularisés d'après les ordres de Henri VIII, et il trouva à faire de très grands profits dans l'exercice de ces fonctions. Quand le cardinal fut exilé et tomba malade à Esher, il l'abandonna assez brusquement, vint à Londres offrir ses services aux ministres de Henri VIII et fut confirmé dans ses emplois en attendant qu'on lui conférât de plus hautes dignités.
C'est avec l'appui et d'après les conseils de ce jurisconsulte que Henri VIII convoqua le parlement vers la fin de l'année 1529 et qu'il y commença sa guerre contre les immunités de l'Eglise et contre l'autorité pontificale. Il y fit passer des bills qui portaient que tout membre du clergé, qui aurait obtenu en cour de Rome une permission de résidence dans sa cure ou une dis-
\. Domi reversus causidicis se immiscuit his qui jura regni profitentur. Polus, Apol. Reg., tome I, p. 126 et suiv. Il y a eu de tout tomps et dans tous les pays des légistes qui ont fait profession de soutenir les droits ou plutôt les prétentions de l'Etat contre l'Eglise.
SON HOSTILITÉ CONTRE l'ÉGLISE ROMAINE. 40o
pense pour posséder plus de bénéfices que ne permettait le statut, serait passible, dans le premier cas, d'une amende de vingt livres, dans le second de soixante-dix livres et de la confiscation du produit de ces bénéfices ^ On n'a pas besoin de dire que ces bills passèrent sans difficulté. Il aurait été inouï qu'un parlement ou une convocation des députés du clergé eût donné à cette époque le moindre signe d'indépendance.
« On aurait peine à trouver alors une seule protestation « d'un parlement contre un acte de la couronne, quelque a injuste et quelque tyrannique qu'il pût être ^. » D'ailleurs la Chambre des communes avait des tendances favorables aux idées de réforme qui s'étaient propagées déjà dans une grande partie de l'Allemagne; elle était donc fort disposée à bien accueillir toute mesure hostile à l'Eglise romaine.
Pendant ce temps, une réconciliation complète s'était opérée entre Charles-Quint et Clément VII. Charles, dans un intervalle de paix que lui avaient laissé ses ennemis, voulut se faire couronner empereur par les mains du pape. Le o novembre 1529, Charles- Quint se rencontra avec le Saint-Père sur la place de
1. La Chambre basse du clergé se plaignit de n'avoir pas été consultée par avance sur ces statuts : Nec consenserunt per se, nec per procuratores suos neque super iisdem consuUi fuerunt. Collier. Mémoire, xxviii.
2. Introduction, etc., par le professeur Brewer, tome IV, p. dcxlvii. C'est cette même Chambre qui libéra le roi d'un prêt que lui avaient fait ses sujets, six ans auparavant, sous prétexte que la prospérité de la nation, sous l'administration paternelle du roi, devait engager ses sujets à lui témoigner leur reconnaissance en lui faisant la remise de ses dettes. Une concession semblable fut faite par le clergé* Lingard, tome VI, p. 245.