TENTATIVE DE PRESSION SUR CATHERINE
science de Henri VIII, qui devaient être apaisées le plus tôt possible. Mais cette fois le piège était grossier ; consentir à cet arbitrage, c'eût été, pour la reine, souscrire à sa condamnation. Aussi, aux instances des commissaires royaux elle répondit avec beaucoup de calme et de fermeté : « Que Dieu donne à mon royal époux la (( paix de l'âme; mais dites-lui que je suis sa femme lé- « gitime, mariée par le pouvoir de la sainte Eglise : « la cour de Rome est saisie de la question ; — quand « elle aura parlé, je me soumettrai. »
Henri déclara alors qu'il n'avait plus de ménagements à garder. Il fit dire à Catherine qu'elle eût à quitter au plus tôt le palais de Windsor oii elle résidait ; elle lui fît répondre sans s'émouvoir qu'en quelque lieu qu'elle irait, elle serait toujours sa femme.
Après avoir reçu la missive impérative de Henri, datée du 13 juillet 1531, elle partit le 14 de Windsor et alla ensuite fixer sa résidence à Ampthill. C'est de là qu'elle écrivit au pape Clément VII, pour l'avertir qu'on l'avait chassée de la cour du roi.
Au mois de janvier et au mois de mai suivant (1532), le pape adressa à Henri VIII des brefs d'avertissement dont on doit admirer le ton paternel et l'accent vraiment apostolique. Nous les citons à peu près textuellement dans leur entier :
« Le bruit se répand de tous côtés que, depuis quel- (( que temps, vous avez éloigné de votre cour l'illustre (( reine Catherine, votre épouse, avec laquelle vous aviez « vécu jusqu'ici dans la plus sainte union. Nous soute haitons pour votre honneur que ce bruit soit faux. (( On assure que cette princesse a été supplantée par « une indigne rivale qu'on appelle Anne de Boleyn. Une
BREF d'avertissement ADRESSÉ A HENRI VIII. i2l
« chose si contraire à votre devoir, si scandaleuse pour « l'Eglise et si opposée à la paix de votre maison « royale, nous fait une peine infinie. Nous ne doutons « point que lorsque vous serez revenu d'un semblable « emportement, vous ne condamniez vous-même une « passion si peu digne de votre gloire et si fatale à \o- « tre repos. Un prince aussi juste et aussi religieux (( que vous l'avez toujours été, ne peut demeurer long- « temps dans un état si peu convenable à sa piété. « Vous avez défendu l'honneur de l'Eglise par votre « plume et par vos armes. Voulez-vous le flétrir par vos « actions, mépriser son autorité et insulter à ses or- « donnances? Vous avez été l'arbitre de la chrétienté « et le médiateur des princes de l'Europe, voulez-vous « mettre le trouble dans votre propre famille? Nous « vous parlons en père, avant que d'agir en juge. « C'est un devoir que vos services et notre reconnais- « sance exigent de nous. Ne fournissez point une telle « occasion d'affliction pour les catholiques, ni un tel « sujet de triomphe pour les hérétiques... Tout ce que « font les princes tire à conséquence. Etant élevés au- « dessus des autres, ils attirent les yeux de tous et tous « veulent les imiter. Un prince chrétien doit avoir soin « du salut public, il y va de sa gloire de le procurer. « D'ailleurs vous devez faire justice au mérite de la « reine, fille d'un grand roi, tante d'un empereur, more « d'une princesse qui est le fruit précieux de votre af- « fection mutuelle, et qui en doit être le gage inviola- « ble ; doit-elle, après un mariage de vingt années, attenu dre un divorce pour récompense de ses soins et de ses « vertus ? Rappelez cette princesse, chassez sa rivale : « ne ternissez point par une seule action la gloire de