‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 326 sur 400 · DÉLAI DEMANDÉ AU PAPE · texte numérisé non relu

DÉLAI DEMANDÉ AU PAPE

« tout un règne. Ne faites point à l'empereur un^si (( sensible outrage ; n'exposez pas la chrétienté à l'in- « vasion des Turcs. Charles et Ferdinand ne peuvent (( la défendre, s'ils sont obligés à vous faire la guerre. t( Songez de combien de maux vous serez la cause, si V vous ne changez de conduite. Songez aux troubles c( que vous apporterez dans l'Eglise, si, sans même at- « tendre ses décisions^ vous passez outre à un nouveau « mariage. Si nos exhortations sont inutiles, nous se- (( rons obligés d'avoir recours à des remèdes sévères (( et proportionnés à la grandeur du mal ^ »

Malgré ces avertissements du pape, les choses continuaient d'être poussées Jusqu'aux plus dures extrémités. Catherine, après avoir été renvoyée de son palais et exilée loin de la cour, était encore dépouillée de tous les honneurs dus à son titre de reine. Sa fille, violemment séparée d'elle, n'était plus traitée comme un enfant légitime. Les corps de l'Etat, à qui il avait été interdit par le pape d'aborder la question du divorce, tant qu'elle ne serait pas jugée à Rome, n'avaient pas tenu compte de cette défense. La guerre contre le clergé et contre les prérogatives de la papauté avait été engagée avec une singulière audace par Henri VIII, il s'apprêtait visiblement à dénouer ou à briser le dernier lien qui le rattachait au centre de l'unité catholique. Le pape avait bien accordé, aux instances des ambassadeurs anglais, un délai de quelques mois avant de procéder à un jugement définitif, mais on avait violé ouvertement la promesse qui lui avait été faite de garder, pendant ce

1 . Nous avons fondu ensemble les deux brefs adressés successivement à Henri VIII.

l'état d'hostilité contre ROME S AGGRAVE. 423

temps, toutes choses c?î l'état, comme on le dit dans le langage du droit.

Vers ce temps-là, au mois d'avril 1532, le parlement s'était prononcé sur les aimâtes ^ plus vite et plus violemment que le roi ne l'aurait voulu. La Chambre des communes proposa aussi d'abolir le serment que les évoques prêtaient au pape. Ces deux mesures, le roi ne les repoussait pas, mais ne voulait pas encore les sanctionner. Probablement, il jouait un double jeu. Il les avait fait proposer par des députés dévoués sans avoir l'air d'en prendre lui-même l'initiative. Le retard mis à la sanction était une menace conditionnelle suspendue sur la tête du pape. Mais, comme contrepoids à ces concessions religieuses, un député appelé Nicolas Temse fît une singulière motion qui prouva que la popularité personnelle de Catherine avait survécu à la ruine môme de l'autorité pontificale ; il demanda que le roi fût supplié par la Chambre des communes de vouloir bien reprendre sa femme légitime, et de n'en pas épouser une autre ; car il pourrait s'élever entre les enfants des deux lits des conflits violents d'où résulteraient des guerres civiles funestes pour l'Angleterre. Temse fut écouté très favorablernent par la majorité de ses collègues. On peut comprendre quelle fut l'irritation de Henri VIII, quand il apprit une telle tentative d'opposition, tout à fait inusitée et imprévue, de la part d'un membre de la chambre basse. Il fit remettre sur-le-champ à cette assemblée par le leader ou président Thomas Audley, un message par lequel il déclarait que ses affaires de conscience ne

1. Les annates cHaient le revenu que percevait le pape sur les ôv<** chés laissés vacants.

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