ENTREVUE DE BOULOGNE
la cour de ce prince, la dignité et la gravité épiscopales?
C'est vers ce temps-là qu'Anne de Boleyn fut créée marquise de Pembroke ^, par lettres-patentes du roi, avec une pension de mille livres sterlings de rentes, une augmentation de mobilier et de riches présents.
Enfin, au mois de septembre 1532, les conditions de l'entrevue des deux monarques durent être réglées. François I" consentit, quoique avec répugnance, à ce que la nouvelle marquise de Pembroke fût du voyage ; mais, quand elle arriva à Boulogne le 21 octobre suivant, avec son royal amant et une suite nombreuse, elle ne trouva ni la sœur du roi de France, ni aucune autre dame de sa cour. On n'avait pas tenu compte des insinuations de l'ambassadeur français. La reine de Navarre, qui pourtant ne passait pas pour une princesse bien austère, ne voulut pas compromettre sa dignité en renouant des relations avec une femme dont la position était tout au moins fausse et équivoque ^. La sévérité
1 . C'est aussi vers cette époque que dut se passer un fait très extraordinaire et qui prouve une fois de plus quelle était l'impopularité d'Anne de Boleyn, surtout parmi les personnes de son sexe. — Un jour qu'elle était dans une villa peu éloignée de Londres, prenant part à un festin champêtre sur le bord d'un ruisseau, six ou huit mille femmes se réunirent pour l'enlever de force, et on lui aurait fait un mauvais parti, si elle ne s'était pas échappée et dérobée à temps par un chemin de traverse. Il faut remarquer que le roi n'était pas présent à cette partie de campagne, et que, dans ce nombreux rassemblement, il y avait quelques grandes dames déguisées. Il paraît qu'Anne de Boleyn étouffa cette affaire dans son propre intérêt, car il n'y eut ni enquête, ni poursuite judiciaire. Lettre écrite à l'ambassadeur de France, par l'ambassadeur vénitien (probablement Lodovico Falliero). — Edited by Randon Brown. — Calendar of state papers and manuscripts, tome IV, p. 248. London, Longman, 1871. 1. Cette abstention était remarquable, surtout à cause des anciennes
HENRI VIII VEUT BROUILLER FRANÇOIS ]'" AVEC ROME. UVi
d'une telle leçon dut être comprise par celle qui en était Tobjet.
Lorsque Henri eut passé quatre jours à Boulogne, François P"" lui rendit sa visite en l'accompagnant jusqu'à Calais. Là, après un souper magnifique, une porte s'ouvrit, douze femmes masquées apparurent et chacune choisit un seigneur pour danser avec elle. Puis, les masques tombèrent, et l'on vit que la partenaire de François I" était Anne de Bolevn ; il eut avec elle une conversation pleine de courtoisie ; le lendemain, il lui envoya un diamant de la valeur de quinze à seize mille couronnes. Pour elle, la galanterie du roi et ce riche bijou étaient une compensation suffisante aux mécomptes amers de la première entrevue de Boulogne.
Henri VUI et François l" eurent à débattre sérieusement de grands intérêts politiques : ils convinrent de lever une armée de 80,000 hommes, sous prétexte de faire la guerre à la Turquie, mais en réalité pour tenir l'empereur en échec. Ils se communiquèrent les griefs qu'ils croyaient avoir contre le pape : mais Henri voulait aigrir le roi de France contre Rome, et François avait, au contraire, des arrière-pensées de conciliation. Le premier, toujours préoccupé d'une incjuiétude toute personnelle, celle de perdre son procès en cour de Rome, voulait pousser les choses aux dernières extrémités et demander la convocation d'un concile général : le roi de France le ramena, quoique avec peine, à des idées plus modérées. Il fut convenu enfin entre les deux princes que François f' inviterait le pape à venir
relations d'Anne do Boleyn avec la princesse Maixucrito, quand
oello-ci iHail diR'liO'=«so d'Ak'n«;<^n.
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à Marseille et que le roi d'Angleterre s'y rendrait en personne, ou s'y ferait représenter par un des plus grands seigneurs de ses Etats; que François enverrait à Rome les cardinaux de Tournon et de Grammont pour régler les préliminaires et les conditions de cette espèce de congrès; qu'en même temps il protesterait, au nom de la dignité des couronnes, contre la prétention du souverain pontife de faire citer le roi d'Angleterre, comme un simple particulier, devant la haute justice ecclésiastique de Rome, mais que Henri, de son côté, jusqu'à l'issue des conférences de Marseille, s'abstiendrait de tout acte nouveau d'hostilité à l'égard de la papauté et de l'Eglise.
Néanmoins on recommença à Rome les poursuites judiciaires dans l'affaire du divorce. Gapisucci, doyen de la Rote, cita de nouveau Henri VHI à comparaître luimême devant le consistoire ou à s'y faire représenter par un procureur fondé. Mais le roi d'Angleterre fit, par l'entremise du docteur Benett, la proposition de s'en rapporter à quatre arbitres dont l'un serait l'archevêque de Gantorbéry, le second l'évêque de Londres, le troisième pourrait être laissé au choix de Gatherine et le quatrième serait délégué par François I". Il demandait, en même temps, que le procès fût jugé en Angleterre. Le pape proposa d'envoyer des commissaires à Gambrai : le roi rejeta, à son tour, cet expédient. Glément écrivit encore à Henri, auquel il offrit de nommer un légat et deux auditeurs de la Rote pour instruire le procès dans un lieu neutre, se réservant de prononcer lui-même sur les pièces de l'instruction. Le roi rejeta encore cette offre conciliante.
Or, peu de temps après son retour en Angleterre, il
DE HENRI AVEC ANNE DE BOLEYN. 43o
fit le pas décisif, c'est-à-dire qu'il se décida à se marier secrètement h Anne de Boleyn.
Au lieu de s'étonner de cette résolution, on doit se demander comment il avait tant tardé à la prendre. Lingard l'explique par la crainte de la stérilité de celle de qui il attendait un héritier de la couronne ^ Quand Henri put, au contraire, espérer cet héritier, il n'hésita plus et brusqua son union avec Anne de Boleyn. Et ici nous empruntons le récit de ce mariage clandestin à un contemporain Harpsfield, archidiacre de Gantorbéry.
« La première fois que le roi se maria à lady Boleyn, ce fut longtemps avant que le divorce eût été prononcé par l'archevêque de Gantorbéry. Ge mariage fut fait secrètement à Wite-Hall, un peu avant le jour : il n'y avait de présent que M. Norris et M. Henage de la chambre privée et lady Barkeley avec ÎVP Rowland, dit Lee, le chapelain du roi, qui fut plus tard évoque de Goventry et de Lichfield. l^e roi lui dit qu'il avait reçu du pape la permission de se marier à une autre femme, et qu'il mettait le plus grand secret à user de cette permission, pour éviter tout le bruit et tout le tracas que cette affaire aurait pu causer, et qu'il avait, en conséquence, choisi ce lieu et ce moment pour prier M*" Rowland de solenniser ce mariage.
« Alors, M' Rowland, voyant que tout était prêt pour la cérémonie, tomba dans de grandes hésitations et de vives anxiétés : <t Sire, dit-il au roi, je dois donc croire (t que vous avez la licence du pape pour vous unir tous a: deux en légitime mariage.. — Sans doute, reprit « Henri, que voulez-vous de plus? » Alors il se re^