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DATE DU MARIAGE FAUSSEMENT RECULÉE

« Ce fut, dit sévèrement Harpsfield ^, une erreur et « une faute. Car, quand même on aurait pu penser que « le premier mariage n'aurait pas été valide, le roi ne « pouvait pas se marier avant la sentence de divorce, à « moins d'avoir en même temps deux femmes vivan- « tes. »

Au surplus, ce mariage s'accomplit dans l'ombre, sans bruit et sans solennité, comme une œuvre de ténèbres et de honte.

Quelques mois après devait naître de cette union la future reine Elisabeth ^î

Le parlement se réunit le 4 février suivant et continua la guerre à l'Eglise romaine. Il renouvela les statuts de prœmiinire faits sous les rois Edouard I", Edouard III, Richard II et Henri IV. L'Angleterre, suivant l'un des bills passés à cette assemblée, était un Etat qui devait se suffire à lui-même {perfect state) et qui ne reconnaissait aucune puissance étrangère, pas plus au spirituel qu'au temporel. Il décida, en conséquence, que toutes les affaires ecclésiastiques ou mixtes, — et les mariages en faisaient partie, — seraient jugées par le doyen des Arches ou par les archevêques d'Angleterre, sans aucun recours ou appel en cour de Rome.

1. Harpsfield, p. 23 i, 235, 236. Cet ouvrage, qui était resté manuscrit jusque dans Tannée 1878, a étt'» imprimé récemment et tiré à deux cents exemplaires seulement, aux frais de la Camden Society, par les soins etsous la surveillance de Nicolas Pocok.

2. La date du 14 novembre 1532, assignée au mariage d'Anne do Boleyn, fut un nouveau mensonge que l'on fit circuler dans l'intention d'assurer la légitimité do l'enfant qui allait naître bientôt. C'est ce (jue Lingard expli(iue dans une note spéciale, et il prouve que la véritable date est le 25 janvier de l'année suivante : Voir tome VI de l'Histoire

'Angleterre de Lingard, traduction française.

438 llEKRl ENGAGE FRANÇOIS 1^" A ROMPRE AVEC ROME.

Quant aux affaires de ce genre, qui présenteraient des difficultés particulières, le roi pourrait les faire décider par la chambre haute de l'assemblée du clergé.

Pendant que le parlement était encore assemblé, le roi d'Angleterre envoya le comte de Wiltshire en France pour faire part à François P' de son mariage et pour lui annoncer qu'il ne voulait plus désormais avoir rien de commun avec le pape. Ce prince reçut mal une pareille communication. Il représenta au comte qu'il avait envoyé les cardinaux de Grammont et de Tournon pour négocier avec Clément VII une entrevue à Marseille, comme cela avait été convenu, et qu'il ne pouvait rompre ces négociations commencées sans manquer à l'honneur.

Enfin François P'' obtint que Henri maintiendrait la nomination du duc de Norfolk désigné pour assister à la conférence avec le pape. Ce choix désola le comte de Wiltshire, grand ennemi politique du duc, quoiqu'il fût son beau-frère ^.

Mais, pendant ce temps, Henri VIII poursuivait ses desseins en Angleterre, comme si rien de nouveau ne s'était passé en France. Warham, archevêque de Gantorbéry, quoique ayant eu quelques complaisances à se reprocher pour le roi dans l'affaire du divorce, ne voulait pas de rupture avec Rome et se tenait fermement attaché au siège apostolique. Gromwell était furieux de trouver chez ce vieux prélat une résistance inattendue, il demandait qu'on lui ûi son procès pour rébellion et

l. Celte division profonde entre les membres d'une môme famille est l'un d-es caractères de cette époque.

CRANMER NOMMÉ ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY. i39

haute trahison; et, comme on lui disait qu'on ne pouvait pas si facilement poursuivre un oint du Seigneur, un primat d'Angleterre, Tinsolent ministre répondit qu'il aurait égard à sa dignité et qu'il lui donnerait une potence deux fois plus haute qu'aux voleurs de grands chemins. Mais Warham mourut au mois d'août 1532, et l'on n'eut pas besoin de recourir à un acte d'iniquité judiciaire pour faire monter sur le siège de Gantorbéry un archevêque docile à tous les caprices de Henri VIII. Cet archevêque fut Granmer, regardé comme le principal auteur de la réforme en Angleterre.

On prétend qu'il hésita à accepter, soit à cause de son récent mariage, soit parla [crainte qu'il avait, malgré sa bonne volonté, de ne pouvoir pas toujours satisfaire les caprices impérieux du roi d'Angleterre ^ Mais il se rendit enfin aux instances de ce prince au bout de six mois, ce qui n'était pas un délai bien long, dans les usages de la chancellerie romaine, pour la confirmation de cette nomination ; sans doute le pape s'y serait opposé, si l'on avait pris des informations suffisantes sur ce luthérien déguisé.

Pendant ce temps François I'' continua de bonne foi ses tentatives de réconciliation entre le pape et le roi d'Angleterre, auxquelles celui-ci ne se prêtait plus que pour la forme et avec une indifférence plus ou moins marquée.

L'influence du roi de France auprès de Clément VII s'était beaucoup accrue depuis qu'il avait demandé et obtenu pour son fils la main de la nièce du pape, Ga-

1. Voir la Vie de Cramner, par Godd, chapelain du roi d'AngleUrre. {The life ofCranmer, tome I, p. 51.)

410 SACRE ET SERMENT RESTRICTIF DE GRAxNMER.

therine de Médicis. Mais à quoi pouvait servir cette influence, si Henri VIII dédaignait d'en faire usage?

François avait voulu donner sa fille au jeune roi d'Ecosse pour cimenter une alliance entre ce pape, la France et la cour de Rome, afin de pouvoir résister à l'empereur. Ce projet d'alliance fut très mal pris par Henri VH!.

Ce monarque était plus importuné que reconnaissant des démarches que le roi de France continuait de faire en sa faveur. Sûr d'avoir pour lui le primat d'Angleterre, récemment nommé, il ne s'inquiétait guère de ce qui pouvait se passer en France ou à Rome.

Après avoir demandé et reçu les bulles du pape avec l'autorisation spéciale de Henri VllI, il semblait que Granmer n'avait plus qu'à être consacré archevêque de Gantorbéry. Mais, deux ou trois jours avant de procéder à la cérémonie, il dut jurer entre les mains du roi qu'il renonçait à toutes les clauses, sentences et injonctions contenues dans les bulles du pape, en ce qu'elles pourraient avoir de contraire à la dignité et aux prérogatives du roi , ainsi qu'aux droits de ses héritiers et successeurs. Il reconnaissait qu'il devait au roi seul sa nomination d'archevêque et les attributions qui étaient attachées à ce titre. Enfin, il promettait à Sa Grâce, sur l'évangile et Dieu aidant, obéissance et fidélité ^

La cérémonie du sacre avait été fixée pour le 30 mars lo33, et devait avoir lieu dans l'abbaye de Westminster. Afin d'expliquer et modifier d'avance le serment qu'il allait prêter au souverain pontife, pour être admis à recevoir l'huile sainte, il appela un notaire et quatre

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