‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 337 sur 400 · SERMENT RESTRICTIF DE CRANMER · texte numérisé non relu

SERMENT RESTRICTIF DE CRANMER

témoins dans la sacristie de la chapelle de Saint-Etienne. Là, il protesta que le serment qu'il allait prêter entre les mains du souverain pontii'e, quels qu'en fussent les termes, n'impliquerait pas chez lui l'intention de rien faire contre les lois de l'Angleterre et la prérogative royale, ni la volonté d'attribuer au souverain pontife une puissance qui fût en contradiction avec cette prérogative , ni la renonciation aux réformes religieuses qui seraient jugées convenables pour TAngleterre, etc. ^ Puis il entra dans l'église, revêtit ses vêtements sacerdotaux, s'approcha du maître-autel où étaient les évêques d'Exeter, de Lincoln et de Saint-Asaph, et, tenant à la main le livre pontifical, il se tourna vers ses témoins restés en arrière, en disant qu'il n'allait prêter ce serment que sous le bénéfice et avec les restrictions des protestations qu'il venait de faire. Ensuite il lut la formule de ce serment, et jura sur l'évangile qu'il l'observerait avec fidélité ^.

1. u Non est meaî volunlalis, nec inlenlionis per hujusraodi jura- « mentum qualitercumque verba in his posila sonare videbuntur, me « obligarc ad faciendum aut obligandum quod est aiit esse videbitur <i. contra legem Dei, aut contra Anglia) leges et praîrogativas Régis ; — « et non intendo quovis modo me obligare quominiis libère loqui coii- « sulere et consentira valeam in omnibus et singulis relbimationem « religionis chiistiame (iuo(|uo modo concernentibus, etc. » — Slripe's, Cranmer Appendix, n* V, p. 9. — Ecclesiaslical memorials irlating Cliiepy to reliijion and llie refonnalion of il. London, 1721; 3 vol. in-folio.

2. « Le voilà donc, dit Bossuel, le voilà tout ensemble lulla^rien, marié, cachant son mariage, archevêque selon lo ponlillcal romain, soumis au pape dont en son cœur il abhorrait la puissance, disant la messe qu'il ne croyait pas, et donnant pouvoir de la dire, et néanmoins, suivant M. Burnett, un des plus parfaits prélats qui fut jamais dans l'Eglise. » Ilist. des Variations, liv. VII.

4i2 SÉVÈRES REPROCHES DE POLUS A CRANMER,

Les prélats consécrateurs ignoraient quelle était la protestation qu'il avait pu faire hors de leur présence. Dans tous les cas, le souverain pontife n'avait accordé à Granmer ses bulles qu'à la condition du serment plein et entier de fidélité qui lui était dû ; altérer ou diminuer la portée de ce serment, c'était annuler la valeur même des bulles qui lui donnaient les pouvoirs d'archevêque et de primat d'Angleterre. C'était se jouer des choses saintes et acheter les plus hautes dignités de l'Église par un parjure solennel.

Le jeune Réginald Polus adressa, à ce sujet, à Granmer lui-même, une lettre où il s'exprimait ainsi : a Vous n'avez été appelé à cette dignité que pour con- « tenter une passion honteuse, pour la couvrir de quel- (( que apparence de droit et de justice; car on sait que « vous n'avez été fait archevêque que pour ce seul (( motif. Peu de gens vous connaissaient auparavant, « et vous étiez moins connu encore de celui qui vous (( conféra cette dignité. Bien loin que l'on songeât que (( vous dussiez être à la tête du clergé d'Angleterre, « vous n'y pensiez pas vous-même, et vous ne le seriez « pas devenu, si vous n'eussiez trouvé cette voie pour « vous introduire dans le bercail de Jésus-Ghrist. Peut-on, « après cela, douter que vous ne soyez entré par la fenê- « tre et non par la porte, ou plutôt que vous ne vous « soyez glissé jusqu'au sanctuaire par des chemins cou- « verts comme un voleur et un larron ^? »

La première visite pastorale que fit Granmer dans sa province, eut pour but de bien établir la primauté ecclésiastique du roi d'Angleterre^ sur quoi

l. Joachim Legrand, tome P^' de l'Histoire du divorce, p. 252.

0I^1N:0N de DOiSUET SUR CRANMER. ii3

Bossuet s'exprime ainsi dans son mâle et fier langage : tt Alors le complaisant archevêque n'avait rien tant a à cœur; et le premier acte de juridiction que fit Té- « vêque du premier siège d'Angleterre fut de mettre tt l'Eglise sous le joug et de soumettre aux rois de la a terre la puissance qu'elle avait reçue d'en haut i. »

1. Histoire des; Variations, \\\'.\\\, p. 3?9 delà pelito édition in-12.

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