‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 338 sur 400 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Portrait de Clément VJI par un ambassadeur vénitien. — Comédie jouée entre Cranmer et Henri. — Assemblée de prélats et de théologiens dont la majorité se prononce en faveur du divorce.— Une cour ecclésiastique instituée, présidée par Cranmer, prononce le divorce de Henri VIII et de Catherine d'Aragon. — Le même Cranmer confirme et légitime le mariage contracté par le roi avec Anne de Boleyn. — Correspondance de Catherine avec sa fille. — Signilication du jugement de divorce à Henri VIII et à Catherine.— Catherine ne veut pas renoncer à son titre de reine. — Ses protestations et ses ratures. — Sa victoire morale sur Henri VIII. — Fisher et Morus espionnés dans leur retraite.

Voici le portrait que trace de Clément VII, à peu près à l'époque où nous sommes arrivés, un ambassadeur vénitien auprès de la cour de Rome :

(( Prudent et sage, mais loncj à se décider, de là tant « de préoccupations diverses; il discourt bien, il voit « tout, mais il n'a point d'initiative. En matière d'Etat, (( personne ne peut rien sur lui ; il écoute tous les avis, ff puis n'en fait qu'à son sens ; il est juste et il est tout en « Dieu. Il n'a point cet esprit de munificence particulier « à Léon X, bien que faisant beaucoup d'aumùnes; il « est d'une grande continence. Il vit économiquement : « il ne veut ni bouffons, ni musiciens et n'est point chas- (( seur. Depuis qu'il est pontife, on ne l'a vu sortir que « deux fois pour aller à la Magnana, villa de Léon X ^ »

1. Tome VII de la collect. Italienne, p. 247, 30G et suivantes.

446 COMÉDIE JOUÉE EMRE CPxANMER ET HENRI.

La grande irrésolution du pape Clément peut seule expliquer comment il pouvait encore différer de rendre son jugement dans le procès du divorce après le mariage d'Anne de Boleyn, qui lui fut dénoncé, et môme après des actes encore plus décisifs par lesquels l'autorité pontificale était ouvertement bravée.

A Londres, parmi les partisans du divorce, on ne perdait pas de temps. Granmer avait été sacré le 30 mars, et, dès le commencement d'avril, il entamait le procès en convoquant une assemblée de prélats, de théologiens et de canonistes pour donner leur avis sur la légitimité du mariage de Henri VIII avec Catherine. Sur les quatre-vingt-deux théologiens, soixante-six dirent que le mariage était illégitime et nul de plein droit; mais il y eut encore une minorité courageuse de seize voix pour dire non. Sur les quarante-quatre canonistes, six seulement votèrent contre Henri.

Henri VIII recommençait une comédie semblable ii celle qu'il avait jouée avec Wolsey, mais elle devait être plus complète et poussée jusqu'au dénoûment. Cranmer, au nom des lois de la sainte Eglise, demande au roi qu'il lui soit permis de faire juger la question du divorce par la cour primatiale de Cantorbéry : Henri déclare qu'il ne reconnaît par la suprématie de l'Eglise en pareille matière ; alors Cranmer renouvelle la demande d'autorisation, mais au nom de Dieu seul \ et cette .autorisation lui est accordée sur-le-champ. En conséquence, une cour de justice ecclésiastique est convoquée le 8 mai à Dunstable, à quelques milles d'Ampthill, résidence de Catherine. On lui donne trois

i. Voir les Sldle papers pabliéi dil 1817, (diiio î, p. 390, 391.

COUR IXSTiTUÉE PAU CRANMER. Ï'Û

assignations, elle ne comparaît pas; on la déclare contumace ; Cranmer était assisté de Longland, évoque de Lincoln, de Gardiner, évoque de Winchester, et de huit docteurs en droit canon. Et le vendredi, 23 mai 1533, Cranmer prononce, de l'avis de la cour, la sentence suivante : c( Au nom de Dieu, le mariage entre Catherine ce et Henri est nul comme ayant été contracté et con- « sommé en violation de la loi divine. »

Cranmer, en communiquant cette décision à Henri par une lettre officielle, l'exhorte gravement à se soumettre à la loi de Dieu, et, à cette condition, le déclare relevé des censures qu'il avait encourues en entretenant un commerce illicite avec la femme de son frère. « Ne deviezt( vous pas rire en vous-même, lui écrit Polus, quand « vous vous posiez ainsi en juge sévère à l'égard du roi, <c et que vous lui parliez des foudres du ciel, dont il « s'était exposé à être frappé ^? »

Mais ce n'était pas tout : il fallait compléter ce dénoûment en déclarant valide rétrospectivement le mariage de Henri et d'Anne de Boleyn, afin de ne laisser aucun doute sur la légitimité des enfants qui surviendraient et sur leurs droits à la succession de la couronne. Sans doute cette union avait été contractée avant l'annulation du premier mariage, mais aucune difficulté ne devait arrêter des juges aussi dociles, des casuistes aussi complaisants que Cranmer et ses dignes assesseurs.

Cranmer tint donc, le 28 mai suivant, une nouvelle assise judiciaire à Lambeth : là, après avoir entendu le fondé de pouvoir du roi et divers témoins, il déclara que Henri et Anne avaient été unis en légitime mariage;

l. Poli, l'^inxt , De savram. Euchaviiti.r, p. G;

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