LE RETARD DU COURRIER ANGLAIS SANS IMPORTANCE
« de respect qu'ils avoient eu pour Sa Majesté, ayant a faict aussi peu de cas de lui que du moindre de la (( chrétienté, se sépara, lui et son royaume, de l'obéis- « sance de l'Eglise Romaine; se faisant, immédiatement (( après Dieu, chef de l'Eglise Anglicane. Voilà, en « somme, ce qui arriva K »
De si grands événements ne tinrent pas, quoiqu'on en puisse dire, au retard de deux jours d'un courrier diplomatique. Henri VIII, quelles qu'aient pu être ses dépêches, n'avait pas attendu de connaître l'effet qu'elles produiraient pour se faire proclamer chef de l'Eglise anglicane, et pour tirer de cette suprématie spirituelle les plus vigoureuses conséquences. Il est clair qu'il ne se serait soumis à Rome que si Rome lui avait donné raison.
Martin du Bellay, dont nous avons reproduit le récit, ne pouvait pas oublier que ses deux frères avaient plaidé la cause du divorce, croyant sans doute agir dans l'intérêt de la France, peut-être même dans celui de l'Eglise. Il devait donc chercher à atténuer la valeur morale d'une décision qui condamnait implicitement le parti auqueHls s'étaient attachés et qui faisait échouer toutes leurs démarches diplomatiques. D'ailleurs, pour bien juger la situation dans son ensemble, au moment de la sentence du consistoire, il aurait fallu non-seulement regarder du côté de Rome, mais du côté de l'Angleterre : on ne peut méconnaître qu'il venait de s'y faire, en faveur du schisme et de la révolte spirituelle, un de ces pas décisifs sur lesquels on ne saurait revenir.
1. Méjiioires, p. 284; Martin du Bellay était le frère de l'évêque de Paris.
BILL ABOLISSANT LE POUVOIR DES PAPES. 47o
On ne peut donc pas supposer que la réponse apportée à Rome parle courrier fût favorable ; car, à l'époque où Henri VIII remit ses instructions à ce courrier, toutes ses actions prouvaient sa détermination invincible de se soustraire à l'autorité du Saint-Siège et de se séparer de la communion papale.
• Ainsi que Lingard le fait remarquer, « la sentence portée par Clément VU ne pouvait être la cause de cette séparation, puisque le bill qui abolissait le pouvoir des papes dans le royaume fut présenté à la Chambre ■des communes au commencement de mars, transmis aux lords la semaine suivante, approuvé par eux le 20 mars, et sanctionné par le roi le 30. Une décision prise à Rome le 23 n'a donc pas pu influer sur la détermination du roi ^ ». En effet, il n'y avait alors ni télégraphe, ni chemin de fer, ni bateau à vapeur, il n'existait pas même de postes régulières et bien servies, et un courrier, qui n'aurait mis que huit ou dix jours pour aller de Rome à Londres, aurait accompli un tour de force si prodigieux qu'il en aurait été fait mention spéciale dans l'histoire '^.
Ce n'est donc point parce que la cour de Rome avait p?'écipité les choses et avait témoigné peu de respect
1. Lingard, lomo VI do la traduct. di'ijà citée, p. 205, 206, noie au bas do la page.
. 2. Voici, au surplus, ce quo nous lisons dans une liisloire dlluguos de Lionne, inliUilée : La diplomatie française au xvu"* sièch\ par Valfrey, lome I". Introduclion, p. xciv. Paris, Didier, 1877.
« Au XVII'' siècle, un ambassadeur assumait souvent les plus lour- « des responsabilités, j)arce (juo l'urgence des alTaires remp»*chail de « demander et d'attendre des instructions spéiùales, opération qui,en- « tre Paris et Rome, par exemple, exigeait trente jours. »
Cela juge la question.