‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 360 sur 400 · HENRI DEVIENT PEU A PEU PERSÉCUTEUR · texte numérisé non relu

HENRI DEVIENT PEU A PEU PERSÉCUTEUR

verains modernes qui aient plus difficilement accepté un contrôle, une désapprobation quelconque au sujet de son gouvernement, de ses opinions et de ses pensées personnelles.

Néanmoins, pendant que Wolsey et Gampeggio tenaient leurs dernières audiences aux assises de Blackfriars, même après qu'avait eu lieu l'évocation du procès à Rome, lorsque des prêtres ou des religieux se livraient contre Henri VIII, à l'occasion du divorce, à des remontrances, même à de violentes attaques, il n'avait pas encore l'idée de leur faire infliger des punitions corporelles. 11 conservait alors un vague respect pour la liberté de l'Eglise, et, en particulier, pour la liberté de la chaire. Tout au plus cherchait-il à écarter loin de lui les censeurs indiscrets, ou à étouffer leur parole comme un bruit importun ou incommode. Mais voici une circonstance où sa patience royale parut être poussée à bout par l'audace d'un moine franciscain appelé Peto, et appartenant au couvent de l'Observance.

Ce religieux prêchant en la présence même du roi ne craignit pas de s'exprimer ainsi : « Le roi Achab crut « devoir prêter l'oreille aux faux prophètes qui le cir- « convenaient et le trompaient : il ne voulut pas écouter « Michée, le vrai prophète du Seigneur, à qui il fit souf- « frir un étroit emprisonnement et un jeûne cruel. » Puis il jeta à la face de Henri VIII l'apostrophe suivante : « Sire, je suis ce Michée que vous haïssez mor- « tellement, parce que je vous annonce et vous prophé- « tise la vérité : et, quoique sachant bien que vous allez

lam, Constitutionnal liislory of England. Tome I, cliap. ii, p. 45, Baudry, Paris, 1841.

DISCOURS VÉHÉMENT DU PÈRE PETO. iSI

« me nourrir avec le pain de la tribulation, cependant « Dieu m'inspire de vous parler en toute franchise. » Il s'éleva ensuite avec force contre les courtisans, môme contre certains prêtres et certains prélats qui avaient poussé le roi au divorce et à la résistance contre le Saint- Siège, et il s'écria en finissant : « Vos orateurs et vos « prédicateurs sont semblables aux quatre cents faux « prophètes d'Achab sur lesquels résidait l'esprit du « mensonge. Mais je prie Votre Grâce de bien considé- « rer que si elle suit les exemples d'Achab, elle s'expose (( à encourir une fin non moins cruelle. Oui, sire, les « chiens lécheront votre sang comme ils l'ont fait du « sien ; — ce dont Dieu vous préserve en vous retirant a de la mauvaise voie ! »

Au moment même de cette vigoureuse sortie du courageux prédicateur, le roi en resta comme étourdi et tomba dans une sorte de stupéfaction : il le laissa partir sans songer à l'arrêter ou seulement à lui faire adresser des reproches.

Mais, après quelques instants de réflexion, le sentiment de l'outrage reçu s'empara de lui et son exaspération fut portée au comble. Dès le lendemain, qui se trouvait être le dimanche des Rameaux, il envoya le docteur Gurrante, son chapelain, au couvent des frères de l'Observance pour aller chercher le Père Peto, le prédicateur de la veille. Mais ce religieux était absent. Alors le chapelain, craignant d'être joué, s'en alla furieux parcourir tous les cloîtres du couvent en criant partout : « Où est donc le nouveau Michée? Où est ce « misérable? 11 s'est sans doute sauvé, pour se sous- « traire aux peines qu'il aurait méritées. 11 se cache « quelque part, il faut qu'il se retrouve. »

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482 IRRITATION DU noi.

Le docteur Gurrante, toujours plus agité, pénétra jusque dans l'église. Là se trouvait dans le jubé attenant à la chaire le sous-prieur du couvent, le Père Estowe, qui, fatigué de tout ce bruit retentissant jusqu'au seuil du sanctuaire, imposa silence du haut de son jubé à l'arrogant docteur, en lui disant : « Le « Michée que vous cherchez s'est absenté, non par peur, « mais pour des affaires de son Ordre : il est allé -pré- (( sider un chapitre à Gantorbéry. Au surplus, il revien- « dra sous peu. En attendant, je serai un autre Michée, « et je m'offre à soutenir, au péril de ma vie, que le « texte de l'Ecriture n'a été ni altéré ni faussement « appliqué par mon frère en religion, et, quand mêm»e « vos quatre cents faux prophètes s'élèveraient contre « moi, je ne les craindrais pas i. »

Quand le roi fut instruit de cette nouvelle scène, son irritation ne connut plus de bornes : il déclara qu'on eût à le débarrasser de tous ces moines, qu'il ne voulait plus en entendre parler.

Deux ou trois jours après, les principaux religieux du couvent de l'Observance furent appelés devant le conseil des ministres. Là, ils reçurent de vertes réprimandes, et l'un des membres du conseil s'emporta jusqu'à leur dire qu'on devrait tous les coudre dans des sacs et les jeter dans la Tamise ou dans la Manche : mais le Père Estowe leur répondit en souriant : « Gardez de « pareilles menaces pour les courtisans qui vous entou- « rent : nous en tiendrons peu de compte ; car nous « savons que l'on peut aller au ciel par toutes les voies, « par mer comme par terre. »

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