PROCÈS CRIMINEL DE MORUS
la résistance. Il établit victorieusement dans sa défense qu'il ne lui avait ni écrit, ni fait parler sur ce sujet. En désespoir de cause, Rich, alors solliciteur général, demanda à être entendu comme témoin. Il attesta que Morus lui avait dit : « Le parlement ne peut (( conférer au roi le titre de chef de l'Eglise, parce que « ce n'est qu'un tribunal civil, sans aucune autorité « spirituelle. » Morus nia ce propos et déclara que, se défiant de Rich, il ne lui avait répondu que par le silence. Mais ce silence même parut être un signe de haute trahison. Après une courte délibération, l'exchancelier fut déclaré coupable.
Morus demanda alors la parole, qu'on ne lui accorda pas sans difficulté : « Je dois proclamer hautement, ditce il, ce que jusqu'ici la faiblesse humaine m'avait amené « à cacher : à savoir que la suprématie du pouvoir ci- « vil en matière spirituelle ne saurait exister. Je suis « désolé de n'être pas d'accord sur ce point avec les « lords qui siègent dans cette enceinte. Mais Tharmo- « nie des opinions n'est pas de ce monde. Au surplus, « j'ai la ferme espérance que comme Etienne et Saul, « nous aurons un jour le même sentiment dans le ciel . »
Comme il quittait le banc des accusés pour être ramené à la Tour, son fils se jeta à ses genoux pour lui demander sa bénédiction. Sa fille suivit le cortège qui l'emmenait et pénétra deux fois à travers les gardes pour l'embrasser et le baigner de ses larmes. En voyant dans les rues les plus fréquentées de la Cité, ce vénérable vieillard à cheveux blancs marcher à pied, péniblement appuyé sur son bâton, le peuple se sentit profondément ému. La pitié fit taire les préventions, et la sympathie prit la place de la haine.