MODÉRATION DE CATHERINE
Catherine peut se passer de pareilles excuses.
Il est évident que les conseillers de Henri VIII tâchaient de donner aux nobles résistances de cette princesse et de son entourage la couleur d'une conspiration.
Dans le courant de l'été, la résidence de la reine avait été transférée à Bugden, maison de campagne appartenant à l'évêque de Lincoln. C'est là qu'un jour un des officiers de sa maison se mit à charger Anne de Boleyn de ses malédictions. — La reine le regarda d'un œil sévère et lui dit avec vivacité : « Apaisez-vous^ et (( cessez de maudire cette femme ; priez plutôt pour « elle, car le moment viendra peut-être bientôt où « nous n'aurons que trop de raisons de la plaindre et de « nous apitoyer sur son sort. «
A Bugden, la reine semblait peu à peu recouvrer la paix de l'âme et la sérénité de son humeur habituelle ; mais la tranquillité de sa retraite fut troublée par la visite de l'archevêque Lee et de l'évêque TunstalL Ces deux prélats commencèrent par lui lire le bill du parlement d'après lequel il lui était ordonné de ne se considérer que comme la veuve du prince Arthur et de ne plus prendre le titre de reine. — « Car, ajoutèrent-ils, le roi. nous « avertit dans une dépêche toute récente, qu'il a « épousé x\nne de Boleyn, et qu'il espère avoir une « postérité de ce mariage. » — La patience de Catherine pour cette fois, était poussée à bout. Elle répondit avec un courroux marqué « qu'elle ne quitterait pas <( le titre de reine et le garderait jusqu'à la mort ; que
nalismc qu'une conspiration proprement dite. Voici ce qu'il dit à ce sujet : « Tlie scheme, in the form wicli it had so for assumed was « rallier an appeal to fanaticism than a plot wich couid hâve laidd <& liold of tho deeper mind of Ihe country, » etc., p. 173, ibid.
Visite de deux commissaires de iienri. 499
(( d'ailleurs elle était Tépouse du roi et non sa sujette ;
« que par conséquent elle était, inviolable, et au-dessus
<( du parlement, dont elle ne reconnaissait pas Fau-
« torité à son égard. »
Ainsi, dans ce royaume où tout pliait sous la tyrannie de Henri VIII, sa femme continuait presque seule de lui résister, en invoquant ses droits d'épouse et de souveraine.
Les commissaires ordonnèrent que les gens de la maison prêteraient serment, non seulement à Henri VIII, mais à la reine nouvelle, Anne de Boleyn, comme le portait le nouveau bill connu sous le nom 'de bill des six articles. La reine se traîna du lit de repos où elle était étendue jusque dans la salle où se trouvaient réunies les personnes attachées à son service. Là, avec un ton d'autorité vraiment royal, elle leur défendit de prêter serment à tout autre qu'au roi et à elle-môme. Là-dessus les commissaires demandèrent si les conseillers ou directeurs spirituels de Catherine avaient fomenté chez elle cet esprit de révolte et de sédition ; on leur désigna ses deux chapelains Abel et Parker; ils les firent comparaître devant eux pour les interroger; ces dignes ecclésiastiques déclarèrent qu'à leurs yeux cette prétendue révolte n'était qu'une résistance légitime, et qu'ils n'avaient pu, qu'ils ne pourraient pas encore la désapprouver, puisqu'ils regardaient Catherine d'Aragon cobime la seule et véritable reine d'Angleterre.
Sur cette fière et énergique réponse, on les arrc^la tous les deux, mais on finit par relâcher Parker, qui reprit auprès de Catherine ses fonctions d'aumonier. On retint Abel et on le jeta en prison ; on le réservait, comme le Père Forrest, au suppHce des traîtres.