‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 375 sur 400 · CATHERINE APPREND LA CONDAMNATION DE FISHER · texte numérisé non relu

CATHERINE APPREND LA CONDAMNATION DE FISHER

Sir Edmond Bedingfield fut nommé gouverneur de la maison de Catherine. Ce fut un surveillant ou un geôlier sous un autre titre.

D'un autre côté, Henri VIII, irrité de la résistance obstinée de Catherine, voulut la punir dans la personne de sa fille; il défendit donc à la princesse Marie d'aller voir sa mère, et la déclara elle-même incapable de succéder au trône d'Angleterre, comme n'étant pas née d'un mariage légitime.

La malheureuse reine voyait en même temps que toute marque d'intérêt donnée à sa personne et à sa cause était sévèrement punie. C'est pour avoir exprimé des sentiments semblables que des femmes du plus haut rang, telles que la duchesse de Norfolk et la vicomtesse de Rochford, furent arrêtées et envoyées à la Tour, où Henri VIII disait « qu'il voulait les laisser assez longtemps pour réfléchir sur l'indiscrétion de leurs propos. »

Mais ce qui était bien plus grave, c'étaient les poursuites criminelles exercées contre Morus et contre Fisher, leur condamnation et leur exécution. Rien ne dut navrer Catherine comme le supplice de l'évêque de Rochester, l'ancien directeur de sa conscience, qu'elle affectionnait comme un ami, et qu'elle vénérait comme un saint.

Aussi on ne s'étonnera pas de la douleur profonde qui déchirait le cœur de Catherine à Bugden, et des traces qui en restèrent dans cette résidence où elle souffrit tant, mais où elle ne devait pas mourir.

« Elle avait, dit un contemporain, une fenêtre en « forme de tribune, qui s'ouvrait sur la chapelle, et « d'où elle pouvait entendre la messe et suivre les offi- « ces divins. Après avoir distribué à ses femmes leur

TRACES DE SES LARMES. TiOl

« tâche journalière, qui consistait à travailler pour les « églises , elle les laissait dans la salle commune « de réception et venait s'enfermer dans sa chambre ; « là, restant entièrement seule, elle passait la plus « grande partie du jour et de la nuit, à genoux et ac- « coudée sur les dalles de sa petite tribune dont « elle avait écarté les coussins (sans doute par esprit « de mortification). Ses femmes, respectueusement, mais « curieusement attentives aux moindres actions de leur « vénérée maîtresse, remarquèrent plus d'une fois que <( les dalles où elle venait de s'incliner pour faire ses « longues et ferventes prières étaient humides comme « si des torrents de pluie y étaient tombées. C'est que « ces dalles s'étaient imbibées des larmes qu'elle versait « avec abondance pour demander à Dieu la force de « supporter et de vaincre les mortelles angoisses qui « déchiraient son cœur K »

Et pourtant, elle voulait encore vivre pour sa fille !

Aussi, dans une note secrète adressée au roi, elle le suppliait de laisser auprès d'elle non seulement son confesseur, mais son médecin et son pharmacien. « Elle demandait la même grâce pour deux domestiques mâles, pour toutes celles de ses femmes que le roi voudrait bien lui conserver; mais elle déclarait en mOme temps ne vouloir garder auprès d'elle que les personnes ^ qui

1. « When Ihe prayed for strengih to subdue the agonies of wron- « ged alTections. » Ce récit est tiré du manuscrit de Harpsfield, récemment imprimé par la Camden Society et que nous avons déjà cité. Voir cet ouvrage, p. 200.

2. « Shall swear to bear failh, troth and obédience only lo the « kings grâce, and to the hoirs of his body by his most dar and enli- « rely beloved lawful wift\ Queen Anne. »

S02 NOTE TOUCHANTE ADRESSÉE AU ilOI.

auraient prêté serment au roi et à elle-même, et non à îine autre femme, — Cette réserve était motivée par cette formule même du serment exigé de ses serviteurs : (i Je prête serment exclusif de fidélité et d'obéissance à (( Sa Grâce le roi d'Angleterre, et aux héritiers directs « qu'il aura de sa chère, bien-aimée et légitime épouse, u la reine Anne ^. «

« Quant à mon médecin et à mon pharmacien, con- « tinuait la reine Catherine, ce sont mes compatriotes, a le roi les connaît presque aussi bien que je les con- « nais moi-même. Ils n'ont pas cessé de vivre auprès « de moi depuis nombre d'années , et se sont donné « (ce dont je les remercie) de grandes peines pour « moi. Car je suis bien souvent malade, comme le sait « très bien Sa Grâce. Je réclame donc la continuation « de leur assistance pour les soins à donner à mon « pauvre corps, afin de prolonger ma vie autant qu'il « plaira à Dieu. Ils sont diligents et fidèles pour « mon service, ce qui ne les empêche pas de prier a tous les jours pour la durée et la prospérité du a gouvernement du roi. Mais, s'ils prêtaient serment a à une autre personne qu'au roi et à moi-même, a je ne pourrais me fier à leurs services, et je se- « rais avec eux dans des craintes continuelles pour « la préservation de ma vie. J'ose donc espérer de « l'honneur et de la bonté du roi, et je lui demande « même au nom de l'amour qui a longtemps existé « entre nous (et que, de mon côté, je lui ai gardé « fidèlement, Dieu m'en est témoin), je lui demande, <( dis-je, de ne pas se porter contre moi aux der-

1. Miss Slrickland, Vie des reines d'Angleterre, tome II, p. 544.

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