‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 376 sur 400 · REFUS DE SERMENT DES SERVITEURS DE CATHERINE · texte numérisé non relu

REFUS DE SERMENT DES SERVITEURS DE CATHERINE

« riières extrémités et de faire droit à ma modeste a requête ^ »

Malgré Taccent si humble et si touchant de cette réclamation, fondée d'ailleurs sur la raison et le bon sens, Catherine n'obtint qu'une partie de ce qu'elle suppliait le roi de lui accorder. On ne lui rendit pas son confesseur Abel qui entendait parfaitement sa langue natale, l'espagnol. On lui laissa, il est vrai, son médecin et son pharmacien, et même un vieux prêtre appelé Allégua et nommé évoque de Landaff, parce que cet ecclésiastique, d'un caractère timide et pusillanime, conseillait toujours à la reine d'avoir recours aux expédients et aux concessions. Elle put, au surplus, conserver encore quelques-uns de ses serviteurs et plusieurs de ses femmes.

Henri VIII ne croyait pas que Catherine conspirât contre lui, mais cela ne l'empêchait pas de prendre à son égard d'injurieuses et inutiles précautions. Elle aurait voulu qu'on lui assignât une résidence plus saine que Bugden et plus rapprochée de celle de sa fille. Sans tenir compte de ce désir, lord Sussex vint lui signifier impérieusement, de la part du roi, qu'elle eût h se préparer sur-le-champ à partir pour Fotheringay; Fotheringay était déjà célèbre par son mauvais air, imprégné de miasmes paludéens. « Contre toute humant tv « et toute raison, elle refuse absolument, dit Sussex, de « s'éloigner de Bugden; elle dit qu'elle n'ira à Fo- « theringay que si on l'y traîne la corde au cou. » Et le noble lord demandait au roi ce qu'il y aurait â faire.

1. On trouva à Bugden le brouillon de ceUe note à demi brûlé. Mais on put y liiv distinctement les lignes ci-dessus citées.

504 SA DÉTRESSE ET LA GÉNÉROSITÉ d'UiN LABOUREUR.

si elle se mettait au lit, et si elle se disait malade.

D'un autre côté, Thomas de Vaux, un officier de la reine et en même temps un espion de Gromwell, avertissait ce ministre que Catherine ne tenait pas à rester à Bugden, mais qu'elle aurait voulu habiter un des châteaux qui faisaient partie de son douaire. Enfin elle consentit à aller fixer son séjour à Kimbolton, quoiqu'elle crût que l'air de cette résidence, à cause de son humidité extrême, fût peu favorable à sa santé.

Malgré la concession qu'elle avait faite, le duc de SufFolk la traita avec une insolence telle qu'elle se crut obligée de le chasser de sa présence.

Quand elle s'établit à Kimbolton dans le commencement de l'année 1535, elle s'aperçut bien vite qu'on avait beaucoup retranché du peu de confort qu'on lui laissait encore à Bugden. Elle aurait eu droit, comme veuve du prince Arthur, à cinq mille liv. sterlings de rente. Mais elle fut très mal payée par sir Edmond Bedingfield, pendant la maladie lente qui la dévorait depuis son arrivée dans son nouveau séjour. Elle écrivait à cette époque qu'elle manquait totalement d'argent pour son ménage. On le savait dans les environs de sa résidence et voici un trait qui prouve combien tous les habitants du voisinage auraient été portés à venir à son secours.

Un laboureur de Grantham, près de Kimbolton, trouva dans un grand pot d'airain un casque d'or pur enrichi de pierres précieuses , et des chaînes d'or avec des parchemins couverts d'une écriture entièrement effacée. Il s'empressa de porter ce petit trésor à la reine Catherine. Mais Catherine était alors dans son lit gravement malade, et le présent que voulait lui faire

LETTRE DE CATHERINE AU PÈRE FORREST. î)(^i)

le bon villageois fat intercepté et tomba entre les mains des agents du roi Henri VIII ^

Vers la même époque, Catherine apprit que le père Forest, son ancien confesseur, qui avait été arrêté sous la prévention de haute trahison, venait d'être jeté dans la prison de Newgate, et confondu avec les plus vils scélérats. On l'aurait relâché, s'il avait voulu prêter serment à l'acte de succession, mais il s'y refusa absolument. On ne fit que redoubler de rigueurs à son égard.

Vivement émue à la nouvelle des tourments infligés à son père spirituel, qui n'avait commis d'autre crime que de lui être trop fidèle, la reine lui fît parvenir une lettre pleine d'une piété fervente et d'un tendre respect pour le confesseur de la foi. On y reconnaît en même temps l'accent d'une de ces tristesses ineffables qui rappellent les douleurs du Calvaire.

« Mon Révérend Père, lui dit-elle, vous avez assisté « de vos salutaires avis tant de personnes affligées « que vous ne pouvez ignorer ce qu'exige de vous le « combat où vous allez entrer pour Jésus-Christ. Si « vous souffrez avec constance des tourments de peu « de durée, vous savez que la gloire immortelle vous « est acquise, et certainement ce serait avoir perdu la « raison que de renoncer à une récompense d'un si (( grand prix, pour éviter une peine temporelle. Que je « vous estime heureux, mon Père, de connaître ces vé- « rites et de souffrir, pour la cause de Dieu, la prison (( et la mort. Mais que je suis malheureuse, moi votre « fille spirituelle, durant cette saison calamiteuse, de

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