I. Harp3li..-M. p
o06 LETTRE DE CATHERINE AU PÈRE FORREST.
« me voir sur le point d'être bientôt privée des conseils (( d'un si cher père en Jésus-Christ! Que s'il m'est per- « mis de vous découvrir, comme je l'ai toujours fait, le « secret de mon cœur, je vous avoue que je souhaite « avec une extrême passion de vous suivre à la mort, « ou de vous prévenir par la mienne. Il n'y a point de <( tourments dont je n'achetasse une telle joie, pourvu « que je le pusse sans offenser Dieu, à qui je soumets « tous mes désirs ; car que faire au monde après la « perte de ceux dont le monde n'était pas digne. Mais « peut-être que je parle sans raison : et comme il sem- « ble que Dieu a d'autres desseins, marchez devant avec « courage, mon cher Père, et obtenez de Jésus-Ghrist « par vos peines, que bientôt je suive généreusement « vos traces, et que cependant je prenne part à vos « saints travaux et à vos glorieux combats. C'est la « dernière bénédiction que je vous demande en ce « monde : mais, quand vous porterez la couronne d'im- « mortalité, j'attends de vous une plus grande profu- (( sion de grâces. Ce serait faire tort à la noblesse de « votre sang, à la connaissance que vous avez des cho- « ses saintes et à l'habit de saint François, que vous (( portez depuis votre jeunesse, que de vous exhorter à (( chercher une récompense à quoi rien n'est compara- « ble, et pour laquelle on ne doit refuser ni tourment (( ni peine. Toutefois, puisque le plus grand bonheur « de l'homme consiste à souffrir pour Dieu, je ne cesu serai de lui offrir mes prières, mes larmes et ma pé- « nitence, pour vous obtenir une mort heureuse et l'é- « ternité de la gloire. Adieu, mon Révérend Père, son- « gez à moi sur la terre et au ciel. » Le bon religieux répondit par une lettre qui est
RÉPONSE DU PÈRE PORREST. o07
comme un digne écho de celle de Catherine : elle est pleine d'une humilité fervente et il semble attendre le martyre avec un calme sublime.
« Madame, ma très chère fille en Notre-Seigneur, un f de vos officiers m'a remis la lettre de Votre Majesté. ( Elle m'a non seulement consolé dans la tristesse et ( l'attente continuelle de la mort, mais elle a encore
< fortifié ma constance. Car, bien que je sois persuadé
< que tous les biens et tous les maux de ce monde ne ( puissent entrer en comparaison avec la gloire que ( Dieu nous offre si nous combattons généreusement, ( je sens que vos paroles si pleines de charité ont re- ( nouvelé en mon cœur le mépris des supplices et l'a- ( mour des choses célestes. Elles ont relevé mon âme ! presque abattue et effrayée de son indignité et de sa I faiblesse. Que Jésus-Christ, ma chère fille, récompense votre bonté d'une éternité de gloire et de bon-
: heur! Je vous conjure de m'assister de vos prières dans le combat où je vais entrer. Si vous le faites, comme je n'en doute pas, ne vous défiez pas de ma constance. Il siéerait mal à un vieillard de s'effrayer comme un enfant, à un homme de soixante-quatre ans de craindre la mort, et à un ancien disciple de Saint-François, qui n'a appris et enseigné que le mépris de la terre, de manquer d'amour pour le ciel. Pour vous, ma chère fllle en Jésus-Christ, vif ou mort, vous serez toujours présente à mon esprit, et je prierai le Dieu de miséricorde de mesurer ses grâces et ses consolations à l'étendue de vos soufï'rances. Cependant je vous prie de redoubler vos prières, quand je serai au milieu des supplices. Je vous envoie mon rosaire, je n'en ai plus besoin , puisque je n'ai