Lettres de Kingston
2. Il resterait toujours à savoir si, avant le mariage, Anne de Boleyn était restée pure.
SON COURAGE MANQUE DE SIMPLICITÉ. Vy^l
liam Kingstone et par quatre de ses femmes. Elle reconnut, parmi les principaux personnages venus pour contempler ce spectacle funèbre, ses ennemis politiques, le duc de Suffolk et le secrétaire d'Etat, Cromwell, qu'elle avait autrefois comblé de ses bienfaits, et puissamment aidé à conquérir la faveur de Henri VIII. Elle put y apercevoir aussi le fils naturel du roi, le Jeune duc de Richemond, qui n'avait pas craint de céder à une curiosité malsaine, en venant voir comment mourrait cette malheureuse femme qui n'était descendue du trône que pour monter au supplice.
Quand elle fut arrivée sur l'échafaud, elle se tourna du côté des spectateurs et s'exprima à peu près en ces termes : « Bon peuple chrétien, je vais mourir pour sa- « tisfaire à la loi : je n'accuse personne, pas môme mes « juges. Que Dieu sauve le roi ; qu'il lui accorde un « long règne. Je suis toute résignée. Que Dieu me parte donne ! »
Elle ramena alors sous un serre-tôte de toile ses cheveux épars, qui pouvaient gôner l'action du glaive. « Hélas ! pauvre tête, s'écria-t-elle, tu as porté la cou- « ronne, et tu vas maintenant tomber de dessus l'écha- « faud ^. » Puis elle fît ses recommandations dernières aux femmes qui l'accompagnaient : « Estimez, leur dit- « elle, votre honneur plus que votre vie, et, dans vos « prières au Seigneur Jésus, n'oubliez pas d'intercéder « pour le salut de mon Ame. »
Marie Wyatt, sœur de sir Thomas Wyatt, était là, avec les autres dames qui avaient accompagné ;\nno
1. CeUe lamentation, sous formo (lanlithôse, n'a pas co caractère île simplicité sereine que nous avons admiive «lans Catherine.
538 JOIE INDÉCENTE DE HENRI Vill.
de Boleyn ; elle la suivit seule sur la plate-forme de Féchafaud. On dit qu'elle lui avait apporté un message de son frère, sir Thomas. Elle se montrait elle-même fidèle jusqu'au bout à une vieille affection. A cette amie si constante et si dévouée, Anne donna son livre de prière, comme signe de reconnaissance et de suprême adieu.
L'ex-reine posa ensuite sa tête sur le billot : au moment où l'exécuteur avait le bras levé sur elle, elle murmurait encore ces mots : « Jésus, ayez pitié de moi! )>
Le glaive fit voler la tête d'un seul coup, comme l'avait prévu Kingston.
Henri, qui chassait aux environs de Londres, apprit la mort de celle qui lui avait dû des destinées si diverses, par un coup de canon, signal convenu. 11 ne put pas contenir l'éclat de sa joie indécente. Le reste du jour se passa pour lui dans les fêtes et dans les orgies. Le lendemain il épousa Jeanne Seymour K
1. On sait que Jeanne Seymour mourut jeune encore, après avoir donné à Henri VIH un héritier, qui régna sous le nom d'Edouard VI. Henri eut pour quatrième femme Anne de Clèves qu'il répudia sous de vains prétextes, et qui accepta avec soumission l'arrêt de son divorce. Il épousa ensuite Catherine Howard, qui fut poursuivie comme Anne de Boleyn pour cause d'adultère, et qui périt, comme elle, sur l'échafaud. Entin, sa sixième femme fut Catherine Parr, qui lui survécut.