TRAITÉ OFFENSIF ET DÉFENSIF
d'avoir agi trop vite et d'avoir fait trop de concessions. Il écrivit dans le même sens à Puebla resté en Angleterre. Il lui manda qu'il n'avait jamais entendu dépasser, pour la dot de sa fille Catherine, une somme de 100,000 écus en monnaie d'Espagne. Quant à la clause qui regardait la France, il ne tenait pas à ce qu'elle fût insérée dans le traité principal ; il dit qu'il l'accepterait comme clause additionnelle annexée au traité, mais qu'au fond il voulait une alliance vraiment offensive, c'est-à-dire qu'il demandait que le roi de France lui restituât la Gerdagne et le Roussillon, et que, si cette restitution n'était pas effectuée dans un certain délai, Henri VII serait tenu, à la première réquisition qui lui en serait faite, de donner des secours à Ferdinand contre la France.
Une telle proposition, conçue dans de pareils termes,
ne semblait pas acceptable. Des contre-propositions de
Henri furent soumises à Ferdinand et durent enfin
être accueillies. Voici quelles étaient ces conditions
nouvelles, où une sorte de mutualité était introduite :
« Henri VII s'engagerait à ne pas faire la paix sé-
<i parement avec la France, si ce n'est dans le cas où
« elle lui restituerait les duchés de Normandie et de
« Guyenne. Ferdinand et Isabelle, d'un autre côté, se
(c déclareraient contre la France toutes les fois que
« l'Angleterre serait en état de guerre avec elle. Et ils
c( ne feraient de paix séparée avec le roi de France,
« que si ce dernier leur rendait les comtés de Roussil-
« Ion et de Gerdagne. »
C'est sur ces bases que fut conclu le traité du 27 mars 1589. •
En fait, la guerre continua, de la part de l'Angle-
CONCLUSION DE l'aLLIANCE MATRIMONIALE. 9
terre et de l'Espagne, contre la France ; le roi d'Angleterre ayant retiré ses troupes de Bretagne, fit encore une entreprise contre Boulogne à la suite de laquelle le roi de France rendit à l'Espagne la Cerdagne et le Roussillon. Henri VII put donc traiter avec la France sans violer ses engagements. Seulement, il n'y avait plus pour l'Espagne d'avantages politiques immédiats dans Talliance matrimoniale de Catherine d'Aragon et du prince de Galles, du moment que Henri VII refusait jusqu'à nouvel ordre de faire un second traité avec l'Espagne et d'entrer dans une nouvelle coalition contre la France.
Un peu plus tard, en 1497, des négociations s'étant rouvertes, elles arrivèrent à une conclusion qui semblait définitive.
Après que le projet de mariage eut été ratifié par les deux parties, on voulut y procéder aux cérémonies religieuses très-secrètement dans la chapelle royale du manoir de Bewdley. L'évêque de Lincoln se faisait scrupule de prêter son concours à cette cérémonie, parce qu'il était défendu aux dignitaires de l'Eglise de célébrer un mariage clandestin. Le docteur Puebla vint à bout de vaincre toutes ses objections. Le mariage fut donc fait et accompli le 1 9 mai 1 499 , mais par procuration .
Sur ces entrefaites eut lieu la malheureuse tentative d'évasion du jeune comte de Warvick, son procès, son exécution et sa condamnation. On a prétendu que cette mort du dernier des Plantagenets mit un terme aux indécisions de Ferdinand et d'Isabelle, au sujet du mariage de leur fille, en détruisant leurs craintes à l'égard de la solidité de la dynastie des Tudors : il faut bien qu'ils en eussent parlé à Catherine elle-mOme,