NOUVELLES DISCUSSIONS PÉCUNIAIRES
car, SOUS le règne suivant, après avoir été répudiée par Henri VIII, il échappa à cette princesse de dire, « qu'elle « n'avait jamais attendu beaucoup de bonheur de son a union avec la famille de Tudor, puisque cette union a avait été achetée au prix du sang innocent ^ ».
Cependant on peut expliquer par d'autres motifs, d'ailleurs peu honorables et peu élevés, les retards nouveaux apportés par le gouvernement espagnol au départ de Catherine pour l'Angleterre. Il paraît qu'après avoir examiné de plus près le traité matrimonial, Ferdinand crut s'apercevoir qu'on l'avait trompé relativement à l'importance du douaire assigné à sa fille. Cette difficulté, qui nous paraîtrait ne devoir pas arrêter de simples particuliers, donna lieu à une assez aigre correspondance entre les deux rois : des deux côtés, l'irritation devint telle, que le mariage fut sur le point de se rompre.
Ces débats épistolaires se prolongèrent assez longtemps. En l'année 1500, à la suite d'une entrevue d'Henri VII avec Tarchiduc Philippe, le bruit courut qu'il avait été question entre ces deux princes de marier, avec le prince de Galles, Marguerite, archiduchesse d'Autriche, dont le premier mari, l'infant d'Espagne, venait de mourir.
Les choses parurent alors s'arranger. On cessa de marchander sur la dot et sur le douaire. On entra dans une foule de détails pratiques qui avaient pour but de régler le régime et la vie intérieure de la princesse Catherine en Angleterre. Ainsi, cette princesse n'avait
1. Hal, 51. Bacon. 111 et 112; Lingard, traduct., tom. V, p. 481; l'exécution et la mort du jeune comte de Warvick eurent lieu le 28 novembre 1499.
CATIIEPJXE IRA-T-ELLE EN ANGLETERRE? Jl
jusqu'alors bu que de l'eau; on demanda qu'elle s'accoutumât peu à peu à y mêler du vin, parce presque partout en Angleterre, Feau était mauvaise et malsaine. D'un autre coté, on l'engagea à profiter du séjour de Marguerite d'Autriche en Espagne, pour apprendre le français; quant aux femmes et aux gens de la suite de Catherine, Ferdinand et Isabelle voulaient qu'il y en eût un certain nombre, et Henri, au contraire, exigeait qu'on réduisît ce nombre autant que possible. Mais il y avait une chose sur laquelle ce prince insistait, et à laquelle il paraissait tenir beaucoup : c'est que toutes les dames ou jeunes filles envoyées en Angleterre, fussent belles ou au moins très-agréables, et que l'on écartât impitoyablement les laides et les difformes. C'était, à ses yeux, une affaire de grande importance. Il y voyait un moyen de régénérer les nobles races d'Angleterre par des mariages avec des personnes d'un sang pur et d'une rare beauté.
Ensuite, la question fut de savoir si l'on enverrait sur-le-champ Catherine d'Aragon en Angleterre. D. Pedro d'Ayalai était d'avis que la cour de Henri VII n'était peut-être pas un milieu très-convenable pour une si jeune princesse. D'un autre côté, il reconnaissait que si elle tardait trop à venir en Angleterre, elle aurait beaucoup • de peine à se faire à un climat bien différent, et surtout à des habitudes et à des mœurs plus rudes, à une vie moins douce et moins entourée de cette politesse courtoise à laquelle les femmes espagnoles étaient accoutumées. Il soumit à la reine Isabelle de Castille ces réflexions et ces doutes.