AUTRE MARIAGE PROPOSÉ A HENRI VIT
que la princesse a apporté avec elle et qui lui appartient légitimement.
« Que si le roi d'Angleterre ne peut pas nous payer sur le champ faute d'argent, qu'il fournisse du moins des explications et qu'il nous donne un aperçu de la situation des affaires de la princesse.
« Nous voudrions bien savoir également si la princesse de Galles reste en'Angleterre par la volonté du roi Henri VIT et non par la nôtre.
(( Ces explications une fois reçues, faites embarquer la princesse, sans nous consulter de nouveau, sur un navire marchand, appartenant à l'un de nos sujets et pouvant bien tenir la mer. »
En présence d'un langage aussi ferme et d'ordres aussi formels, il semble que toute alliance matrimoniale va être rompue entre Catherine d'Aragon et la famille des Tudor. Mais voici qu'après avoir exprimé de la sorte toute son indignation, Isabelle se souvient que, si elle est mère, elle est aussi reine de Gastille, qu'elle ne doit pas sacrifier trop vite les intérêts de l'Espagne et qu'il n'est peut-être pas impossible encore de tout arranger. Elle pense qu'en donnant satisfaction aux fantaisies matrimonales de Henri VH, en lui présentant un parti qui pût à la fois flatter son orgueil et contenter sa cupidité, il abandonnerait l'idée insensée et coupable à laquelle il s'était laissé un moment entraîner, et que, reconnaissant pour ce bon procédé des souverains de l'Espagne, il reviendrait à des sentiments plus favorables à l'union de son fils Henri avec la princesse Catherine.
En conséquence, après avoir écrit ou dicté cette lettre que nous avons reproduite, après l'avoir signée, Isa-
LES NÉGOCIATIONS SE RENOUENT FOURl'uNION PROJETÉE. 33
belle la fait suivre d'un Post-scriptum où les ambassadeurs crurent voir l'intention de suspendre toute mesure décisive de rupture et de départ. Elle les engage à sonder le roi d'Angleterre pour savoir s'il lui conviendrait d'épouser la reine douairière de Naples, nièce de Ferdinand. Cette reine était âgée de plus de vingt-six ans. Devenue veuve depuis peu, elle avait eu en héritage de son mari, des terres très-considérables dans le royaume de Naples. Ferdinand promettait d'y ajouter deux cent mille ducats. Henri parut agréer cette proposition, ou du moins la prendre en considération trèssérieuse. A dater de ce jour, il renoua des négociations pour le mariage de son fils avec la princesse Catherine, qui, comprenant comme les ambassadeurs le Post-scriptum de sa mère, n'était pas partie pour l'Espagne. Ces négociations furent vivement poursuivies : elles aboutirent à un traité d'alliance matrimoniale qui fut convenu et signé à Richemond, le 23 juin suivant, entre Henri VII, d'un côté, et les ambassadeurs espagnols représentant Ferdinand et Isabelle, de Tautre. Nous rapportons ici en entier les clauses et conditions de ce traité, qui sont très-importantes à étudier pour pouvoir bien suivre l'histoire de la future reine d'Angleterre.
« l'' Ferdinand et Isabelle promettent d'employer toute leur influence auprès de la cour de Rome afin d'obtenir du pape les dispenses nécessaires pour le mariage de la princesse Catherine avec Henri, prince de Galles, par suite de quoi elle est devenue Talliée de celui-ci au premier degré d'affinité, et parce que son mariage avec le prince Arthur a été solennisé suivant les rites de l'Eglise catholique et aurait été ensuite
consommé.