‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 82 sur 400 · HENRI VII DEMANDE LA MAIN DE D. JUANA · texte numérisé non relu

HENRI VII DEMANDE LA MAIN DE D. JUANA

donné suite à ce projet qu'après son retour en Castille, qui du reste aurait lieu bientôt.

Cette lettre calma, comme par enchantement, tous les ressentiments du roi d'Angleterre, et valut à Catherine des traitements plus bienveillants ; elle devenait un intermédiaire utile et qu'il fallait cultiver.

Cependant la réponse de Ferdinand n'était qu'une ruse diplomatique pour adoucir Henri et pour gagner du temps. Il avait déjà éprouvé qu'il n'était guère possible de vivre avec un gendre uni à une femme privée de sa raison, comme l'était Juana. 11 pouvait s'attendre, de la part de Henri VH, à des difficultés encore plus grandes et plus multipliées que celles qu'il avait eues avec Philippe le Beau.

Quand la lettre de Ferdinand arriva, Henri VII qui venait d'être gravement malade gardait encore le lit ou du moins la chambre. Aucun de ses conseillers privés n'était admis en sa présence. Néanmoins, dès que Catherine lui eut fait donner communication des nouvelles d'Espagne récemment arrivées, il fit venir Puebla, et, malgré son état de faiblesse et sa difficulté de parler, il eut avec lui un entretien de deux heures. Le lendemain il passa presque toute la journée avec un autre ambassadeur espagnol. Puis il écrit successivement à Ferdinand deux lettres qui se suivent de très près, et où l'on retrouve la note dominante de son caractère. Dans la première, il l'assure qu'on lui avait offert pour le prince de Galles des princesses dont la dot était beaucoup plus considérable que celle de Catherine, « et je n'ai pas, dit-il, « accepté ces offres, car je vous aime et vous estime « beaucoup : je consens même à ce que les cent mille « écus que vous me devez ne me soienî payés qu'à

CATHERINE DEVENUE l'iNTERMÉDIAIRE DE HENRI VII 6o

« la fête prochaine de saint Michel Archange ».

La fête de Saint-Michel tombe, le 29 septembre, la lettre est du 12 avril. Le délai accordé était donc assez raisonnable.

En terminant cette lettre, il dit avec quelle satisfaction il a reçu les communications si favorables qui lui ont été faites, soit par la princesse Catherine, soit par Puebla, relativement aux liens qui l'uniraient bientôt à la famille royale d'Espagne. Dans une lettre suivante, ce n'est plus, à l'entendre, 'de la satisfaction ou de la joie, c'est du ravissement que lui fait éprouver la proposition de Ferdinand ^. Mais tous ces transports ne l'empêchent pas de rappeler une seconde fois qu'il veut être payé, au plus tard, à la Saint-Michel.

Seulement, de son côté, on dirait qu'il n'a point d'engagement, point de dette d'honneur à acquitter envers Catherine, et que, si le roi d'Angleterre lui réserve encore son fils, c'est par une bienveillance toute gratuite pour elle et par une affection désintéressée pour son père.

Quant à la princesse Catherine, elle devient un véritable agent diplomatique depuis qu'elle a consenti à servir d'intermédiaire entre Henri VII et Dona Juana. Sur ce point, elle a deviné Ferdinand à demi-mot : elle comprend à merveille que c'est une affaire qui n'.i rien de sérieux et qui ne saurait aboutir. Mais il faut absolument amuser de cette espérance le vieux et sensuel monarque.

On voit donc que Catherine n'était pas une jeune innocente, n'ayant, comme l'ont dit certains historiens,

1. With rapiurous joy. — Cakndar, Bergenroth, t. !«', n^» 508 el 509, PI). -iOG et i07.

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