LETTRE DE CATHERINE A SA SOEUR JUANA
plus fort et plus vigoureux, il semble qu'il ait rajeuni de vingt ans.
Décidé qu^il est à faire les plus pressantes démarches pour obtenir la main de Dona Juana, il exige de Catherine qu'elle écrive à sa sœur en faveur de ce mariage. Cette lettre diffère tellement, par la forme du style et par le fond des idées, de celles écrites par elle à Ferdinand sur le même sujet, qu'on est tenté de croire qu'elle a été dictée par Henri VII. Dans tous les cas, elle a dû lui être soumise avant d'avoir été envoyée. Ce n'est donc pas la pensée vraie et personnelle de la princesse de Galles que nous devons y chercher.
On verra d'ailleurs le ton contraint et cérémonieux qui règne dans les passages que nous allons citer.
Après avoir exprimé les regrets personnels qu'elle éprouva lorsque sa sœur Dona Juana quitta l'Angleterre avec son mari, l'archiduc Philippe, Catherine ajoute :
« Monseigneur et roi ressentit aussi un vif chagrin de ce départ, et, s'il avait obéi à ses désirs secrets, il aurait tout fait pour l'empêcher. Mais comme c'est un prince très-passionné, son conseil craignit qu'il ne se laissât aller à intervenir plus que de raison dans les dissentiments entre votre mari et vous^ . Par cette raison et par d'autres considérations mystérieuses qui me sont bien connues, le roi cacha les sentiments que lui fit éprouver l'éloignement de Votre Altesse, quoiqu'il
1. C'était dire que son mari se conduisait alors fort mal avec elle,mais comme elle avait oublié tous les torts de Philippe, depuis qu'elle lui avait survécu, ce n'était pas un moyen de lui plaire que de les lui rappeler. Cotte maladresse doit avoir été le fait de Henri Yll, et non de Catherine. Celle-ci aurait eu, livrée à ses propres inspirations, un langage plus discret et plus délicat.