‹ Catherine d'Overmeire;Chapitre 5 sur 8 · LE · texte numérisé non relu

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rêtaient à un certain idéal de pureté dans le mariage, et elle n'avait d'enthousiasme que pour l'intimité du foyer. Aussi la vie cloîtrée du couvent, perpétuellement ensevelie dans l'ombre et le silence, avec son isolement, ses longues extases et ses adorations infinies, lui apparaissait-elle comme une sorte de léthargie énervante. Depuis le jour où on l'y avait condamnée, elle la haïssait de toutes ses forces.

Rien qu’à la voir, au surplus, on pouvait la juger. Son âme saine brillait dans la carrure de son front, sur ses joues planes, dans la douceur franche de ses yeux et jusque dans la rectitude de son maintien. Belle comme les femmes de Rubens, quoique de taille plus petite, elle avait leur teint lumineux, leurs chairs blanches et roses, leur menton plein de grâce et de fraicheur, leurs cheveux soyeux et cendrés, et ce je ne sais quoi de jeune, de candide et d’attendrissant qui vous repose de la beauté antique par un sentiment moins élevé peut être, mais certainement plus humain. Son sourire, quand il se dépliait rapidement sur ses dents bien en ligne, accusait un esprit simple, un cœur aflec-

tueux et bon. Son nez arrondi, en gonflant ses ailes mobiles, exprimait cette timidité particulière qui résulte de la simplicité dés goûts. Sa voix qui avait conservé de l'accent flamand quelques notes musicales égayait l'oreille comme un clair et doux fredonnement. Sa démarche était naturelle, modeste: sa ceinture, un peu large comme doit l'être une ceinture de vierge. Enfin, avec sa soumission un peu mutine, elle était faite avant tout pour la vie paisible. C’est pourquoi le diable sans doute poussa le comte de Goyck à l'aimer.

Depuis quinze jours déjà, elle ne l'avait vu au parloir et elle s’assombrissait de plus en plus. Tout l’inquiétait maintenant. — Peutêtre, — se disait-elle, — ne pense-t-il plus à moi qui suis pauvre et toujours si mal habillée? Qui est-il au surplus? Quelle est sa vie? Sans doute, il souffre autant que moi de l'absence, et cependant 1l ne fait rien pour m'approcher. — Elle retrouvait partout l’image de cet homme étrange qui était entré si profondément dans son cœur. Il s’installait au miieu de ses rêves, non pas blasé et goguenard, mais avec cet air protecteur qui lui allait à ravir, et, la traitant en enfant, il lui parlait avec une voix douce et des paroles choisies. Aussi ne vécut-

elle bientôt que pour les heures du sommeil.

Au dortoir seulement elle pouvait échapper à la surveillance des religieuses. Là, elle vivait réellement, inventant des romans ingénieux, tout pleins d’utiles stratagèmes, pour unir sa destinée à la sienne. Avec quelle suprême confiance, elle comptait alors sur lui, car eile sentait bien qu'il l’aimait! Et comme elle se promettait d'être soumise ! La soumission, en effet, pour cette fille ingénue, était la seule démonstration de reconnaissance par laquelle on pouvait répondre aux sentiments honnêtes. Elle ne voyait dans l'amour commedans l'amitié qu'un échange d'affectueuse protection et de caressante gratitude. Cependant, quand elle se demandait ce que le comte de Goyck avait pu trouver en elle de séduisant, elle craignait d’être niaise, rougissait d'une honte vague, et, confuse, impatiente, embarrassée, elle secouait la tête en soupirant, et maudissait son ignorance.

— Comme ma grand'mère serait contente !

— disait-elle parfois en répondant au secret espoir d'union qui, maintenant, ne la quittait

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