CHAPITRE VIII
pelait trop ses anciennes relations avec l'Espagne pour que Henri dût la pardonner.
11 résolut alors, afin de donner le coup de grtce à l'attachement de sa sœur, de reprendre les négociations relatives à. son mariage avec le duc de Montpensier, ou d'en entamer d'autres avec le marquis de Pont, fils du duc de Lorraine. Sully fui chargé de se rendi-e à Rouen auprès du premier de ces princes, et de lui offrir de nouveau la main de la sœur du roi, avec toutes les assurances capables de la lui faire accepter. Le duc, homme de mœurs douces, d'un caractère honnête et pacifique, très-attaché à Henri HT, reçut Sully avec empt^ssement et acquiesça volontiers à ses propositions. Revenu à Amiens, où le roi était encore, îe ministre fut d'abord remercié chaleureusement, puis chargé d'une autre mission plus TÎélîcate et plus difficile. Les secrétaires de Sully rapportent en détail la scène si curieuse où Henri IV, ayant renvoyé sa cour après son cou» cher, fetit agenouiller Sully auprès de son lit, let lui Confie le ^in d'aller de sa part tî*ouver Cathe*- )*inc, de Tassurer de sa bienveillance, de lui te*
gitized'By GoOgtC
2oi cathehinl: de bourdon.
iiioiguer sou désir de-la voir lieureuso, puis de lui représenter les difficultés qui s'opposent au mariage qu'elle souhaite contracter, par suite du caractère, de la conduite et de la prodigalité du comte de Soissons ; si elle résiste, de la menacer en lui disant que le roi lui retirera sa confiance et la privera de ses biens; enfin, de lui proposer pour époux le duc de Montpensier, en exaltant ses grands biens, sa douce humeur et ses autres qualités ; « usant, ajoute Henri, de grande prudence et circonspection, afin de mieux ménager . l'esprit de sa sœur qu'il sçavoit être soudain, dépit et colère *. »
(( Vous vous trouvastes alors en merveilleuse peine, disent encore les secrétaires de Sully, et après vous être mis à rêver et à gratter votre teste, et que le roi vous eut dit qu'il voyoit bien que vous vous grattiez où il ne vous démangeoit pas, mais qu'il n'y avoit pas remède, et qu'il falloit passer par là, n'ayant personne qui peust s'acquitter si heureusement de cette corvée qu'il savoit bien que vous feriez, vous le suppliâtes de
l. ÉcoH. }yynk's, t. II, p. i30, cdit. Potitof.
CHAPITUE Via. . 2Uo
ne vous surcharger point d'aflaires tant épineuses. »
Sully objecta ensuite les promesses qu'il avait laites à la princesse en exigeant la renonciation signée à Chartres, la passion qu'elle éprouvait toujours pour le comte, ses serments de la servir, d'obtenir du roi qu'il comblât ses vœux. Il sui>plia Henri de ne point charger ses épaules d'un fardeau si pesant, de lui épargner une mission qui amènerait une irréconciliable brouillerie entre la princesse et 1^. « Sur quoy, ajoutent les rédacteurs de ses mémoires, vous eustes diverses contestations ensemble près de trois jours durant, desquelles les particularités nous sont quasi toutes eschappées de la mémoire ; mais tant y a que, nonobstant toutes vos raisons, allégations et justes appréhensions, il voulut montrer qu'il étoit roi et maître absolu, et vous sujet et serviteur ohéyssant, et par conséquent que sa volonté fût faite, en vous donnant aussi sa foy et sa parole de ne vous abandonner point, mais de vous maintenir envers tous et contre tous, pourvu que vous lui lussiez toujours aussi lovai serviteur que vous
2m\ CATHERINE DE BOlUBON.
aviez été par le passé, et qu'il vouloit faire valoir entre vous deux le vieil proverbe qui disoitî d bon maître hardy valet, »
Ainsi pressé par Hetiri IV, tSully partit pour Fontainebleau, où était la princ^ésse.
Cette missioil, ^éjà pénible en telle-même, devait être tentrâvée par de sérieux obstacles. Catherine était moins disposée que jamais ft obéir S son frèiiB, et son entourage Tettcourageait à la rèbellioîl. Corisande était près d'elle, toujours animée contre le roi. Les jautres datmeis, lasses du long célibat de leur maîtresse^ humiliées dé sa pauvreté, blâmant peut-être son dévouement à Henri, s'étaient toutes, plus ou moins, rangeas dans l'opposition depuis la conversioti du roî ati catbolicistïié. La duchesse de Rbha^ , la plus illustre amie de Catherine, joignait une rancUne maternelle à ses mativâîsfes dispositiotts. Henri IV avait aimé un mottient sa seconde fille * \ mais cellé^ cij vertueuse autant qtie belle, avait feponssé sa déclafation par cette célèbi*e réponse : « Je suîs trop pauvre poui* être votiVî femme, et de trop