CHAPITRE Virr
patience du prince et de la princesse, de leurs efforts pour lui obéir. Il semblait, pour conclusion, exiger de Catherine un nouvean délai, donnant pour cause à ses retards les torts récents du comte de Soissons.
Catherine était trompée dans son attente, et. les mémoires nous la représentent chancelante, obligée de se jeter sur un fauteuil, répondant en pâlissant qu'elle a peu prévu une telle déclaration, qu'elle se voit cruellement abusée, que le roi no peut avoir voulu l'affliger ainsi, et qu'elle est en droit d^exiger d'autres explications. Puis s'animant par degrés, passant tour à tour des regrets h l'indignation, de l'indignation aux plaintes, elle donne la mesure de ses longues épreuves : « Ne savez-vous pas, s'écrie-t-elle en parlant du roi, qu'il me proposera toujours à chacun et ne me livrera jamais à personne, à force d'amour qu'il me porte ? Pense-t-il que j'aie oublié tant de partis dont à diverses fbîs il m'a fait parler, desquels je n'en ay pu avoir un seul ? Premièrement, et je crois' que vous ne l'ignorez pas, l'on me proposa, étant encore fort jeune, François, duc
d'Alençon, lors troisième fils de France, ce que le roy, mon frère, n'eut pas agréable, à cause de la haine qu'il lui portoit. Depuis, le roi Henri III, lorsqu'il revint de Pologne, me fut aussi proposé ; à quoy la reine mère Catherine s'opposa, tant elle hayoit notre maison, parce qu'on lui avoitditque le roi, mon frère, succéderoit à ses enfants. Après l'oit me parla du duc de Lorraine, dont je ne voulus point, parce qu'il étoit trop vieux et que ses héritiers étoient nés. Ensuite il fut quelque bruit de me faire épouser le roi Philippe d'Espagne; mais la différence de religion, et qu'il Youloit que le roy, mon frère, se joignît avec lui pour faire la guerre à la France, en empêchèrent l'effet : et je crois que vous en avez bien su quelque chose, car vous étiez alors en Béarn. Le duc de Savoie envoya aussi pour me demander ; mais tous ceux de la religion s'y opposèrent. M. le prince de Condé m'a longtemps désirée ; mais sa pauvreté, et qu'il ne m'agréoit pas, wnpéchèrent Feffet. Depuis, l'on me voulut marier au roi d'Ecosse; pour celui-là, j'avoue que je ftis si sotte à causçde fantaisies quej'avois lors dans la tête, que