‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 118 sur 186 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

(( Mais quoi I disent là-dessus quelques cérémonieux, n'y a-t-il point de la conscience de promettre ainsi et ne tenir point? Ne vaudroit-il pas mieux faire un peu moins bien ses affaires ? Et puis, n'est-ce point faire tort h sa sœur que de se servir ainsi d'elle, comme d'un appât, pour tromper tous les princes de la chrétienté? pauvres ignorants et oublieux de ce que je vous ai dit tant de fois 1 Ne vous ai-je point assez avertis que ce prince se gouverne d'une façon rare et extraordinaire? que ses vertus diffèrent autant de celles des autres princes, comme font les choses visibles des invisibles, les intellectuelles des matérielles? Et cependant vous le voulez toujours mesurer à l'aune des autres, comme si vous aviez affaire ici à un roi Louis XII ou à un grand roi François I", princes vraiment vertueux, mais non de la façon de celui-ci... Il sait (poursuit la satirique duchesse) quand il faut promettre et quand il faut tenir; puis il ne fait rien pratiquera sa sœur qu'il n'ait pratiqué le premier; il la traite en cet endroit comme sa propre personne. N'est-ce pas lui témoigner qu'il l'aime comme soi-même ?

« Oui bien, disent les autres, si après cela il faisoit quelque chose pour elle? mais il semble qull ne s'en soucie point, qull cherche seulement par ces moyens de lui faire passer la fleur de son âge sans être mariée; il lui dénie toute autorité, il jie lui donne rien et même lui diminue en tout ce qu'il peut ce qui lui appartient. Ce ne sont pas là, ce me semble, de grandes marques de son amitié. esprits grossiers et âmes terrestres, qui appelez biens ces choses corporelles et sensibles, comme les richesses, les honneurs et le contentement; qui ne savez pas goûter que le seul sage est heureux, que le souverain bien gît en Tâme, et la parfaite félicité consiste en la seule vertu 1 1 si vous aviez des yeux spirituels pour connoître les invisibles effets par lesquels il oblige cette sœur bien-aimée, combien vous la jugeriez sa redevable 1

c( Les autres rois ( ajoute avec une amère ironie madame la duchesse de Rohan ) ont gratifié leurs sœurs, leurs filles, leurs parents, de dons, d'apanages, de grandeur et d'autorité ; celui-ci fait bien de plus riches présents à sa sœur, il l'en-

Page 1