‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 123 sur 186 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

temps, pressée de maladies qui eussent été à une plus fortunée que moi mortelles, comme celle avec laquelle je partis de Paris, chacun me représentant la mort et raoy votre volonté qui me guidoit.

« Bref, Monsieur, tout ce que j'ay pu imaginer ou savoir de vos serviteurs les plus privés qui me pouvoient rendre aimée et agréable à vous, je Tay fait et en appelle Dieu à témoin et votre conscience, ayant la mienne fort déchargée devant Dieu et devant les hommes du devoir que je vous ay rendu, et fort contente d'avoir souffert tous mes ennuis sans sujet et avec toute sorte de patience, n'ayant, pour désespoir où vous m'avez pu mettre depuis trois ans que je vous suis venue trouver, jamais manqué à l'honneur et le respect que je vous dois comme à mon roi, ni à l'amitié à quoi le nom de sœur m'obligeoit.

« Cette lettre vous sera, j'ai peur, ennuyeuse à lire; ce m'est un extrême déplaisir. Monsieur, de vous être importune, ne désirant partir en votre mauvaise grâce; mais ma juste douleur, et un cœur que j'avois et auray toute ma vie plus disposé à vous servir fidèlement qu'à recevoir des rigueurs

m CATHERINE DE BOURBON.

et des dédains, m'a guidé la main, que j'arrêterai, vous suppliant très-humblement de croire que mon malheur m'arrache dç votre vue avec tant de re» gret, que la mort me seroit plus douce que cet éloignement ; mais, Monsieur, il le faut, puisque je ne puis avec votre honneur et le mien être toujours en état où vous avez agréable que je demeure.

« Faites-moi l'honneur de me mander bientôt si vous m'accordez mon congé, et un lieu à faire une vie religieuse, puisque désormais celle du monde me sera si désagréable. Je vous eusse envoyé un autre homme pour vous porter cette lettre ; mais j'ai crû que vous auriez cettui-ciphis agréable, lui ayant déjà fait l'honneur de l'avoir déjà employé pour me dire votre volonté; quant à la mienne, elle sera jusqu'au tombeau guidée de la révérence et obéissance que je veux vous rendre éternellement, et sur cette vérité, je vous baise très-humblement les mains. Adieu, Monsieur. »

On voit par cette lettre que la princesse, forcée de renoncer à l'espoir d'épouser lé comte de Soissons, s'effrayait de l'alliance que lui proposait

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