LE ROI A M, DE LA FORCE
«.... De mes serviteurs m'avoient bien mandé que ma sœur étoit malade, mais qu'elle avoit défendu à tous les siens de me l'écrire ; si bien que je croyoîs que, l'envoyant visiter, je ne lui ferois pas plaisir, et que cela lui feroit redoubler son mal , c'est ce qui m'a empêché de le faire ; cependant je ne vous cèlerai pas que je trouve fort mauvais que madame delà Barre, quelque défense
qu'elle eût de sa maîtresse, ne me Tait écrit, ce que je lui ferai connoître, lorsque je la verrai, qui sera bientôt. Dieu aidant. Je vous dirai que j'ai reçu ces jours passés une lettre de ma sœur, par un des siens, qui m'offense fort, ou après une quantité d'injures fort humbles, elle fait connoître son mauvais naturel ; car elle se plaint de moi le plus cruellement qu'il lui est possible, avec douces paroles en apparence, mais toutes autres, comme je vous ferai voir par sa lettre que je vous montrerai ; avec tant de desplaisirs qni me traversent maintenant, je n'en ai senti un plus sensible que, désirant son bien, m'en savoir si ^eu de gré; les ingratitudes seront punies du ciel, et là je la remets. Quoi qu'elle fasse et die, je ne laisserai d'être son père, son frère et son roi, et de faire mon devoir, encore qu'elle ne fasse le sien, ce que tout le monde ne fait pas aussi à cette heure ; mais Dieu me fera la grâce que je ferai le mien. Croyez que cela m'offense fort. J'enverrai demain Roquelaure* vers elle, instruit fort parti-
1. Antoine, baron de Roquelaure^ grand maître de la g:ard^ robe de Henri IV, l'un de ses plus fidèles serviteurs 4 il joigBwtt