CHAPITRE VIII. 2i
familles austères, presque puritaines, dont Mornay, Rosny, Hurault-Dufay, SofiFroy de Callignon, Auguste de Thou, Caumont La Force, Turenne, Sancy, Pardaillan, la Trémouille, Rohan, Lesdiguières étaient les chefs ! Henri n'avait pu réprimer non plus la sévère improbation des grandes dames du parti calviniste, dont la rigidité de principes s'unissait ainsi aux passions ambitieuses de leurs époux, de leurs frères et de leurs fils. Catherine était un lien entre ce monde imposant et son frère. Ce n'était pas seulement, comme nous l'avons déjà montré, par la sympathie religieuse qu'elle se rattachait ces familles, c'était par un continuel échange d'égards, de soins assidus, de charité commune et de gracieuses prévenances. Dans les cours, comme dans les plus simples intérieurs, les femmes n'ont de véritable empire que par la conciliation et la douceur. La sœur du roi joignait à son austère piété les inspirations d'un zèle ingénieux, d'une âme naturellement ouverte à l'amitié et au désir de plaire. C'était chez elle, à l'abri des désordres de la cour de Henri IV, que les filles du duc de Rohan, du
h-2 CATHERINE DE BOURBON.
duc de la Force, de madame de Mornay, révélaient au monde leur beauté, leur grâce et leur modestie; Catherine trouvait dans leur jeunesse un attrait mélancolique qui lui rappelait Tépoque où, à la fleur de son âge, elle abordait la vie avec la même confiance et le même espoir.
« J*ai vu ce matin vos enfants, écrivait-elle en plaisantant au duo de la Force, que je ne vois pas de bon œil> haïssant tant le père que je fais; je m'assure que vous croyez bien cela; aussi le devezvous. Je vis hier au soir votre fille en peinture ; certes elle est fort belle, et si elle continue en croissant, elle fera bien friser les cheveux aux ga* lants de son temps ; voilà ce que j'en crois, et sur ce bon mot qui peut vous contenter, je finirai en vous donnant le bonsoir ^ »
La situation de Catherine entre soii parti et soil frère augmentait ainsi d'importance. Chaque événement annonçait aux calvinistes l'entière réconciliation du gouvernement avec Rome, et le décliii
i. Arch* du duc de la Forcse, Mém. publiés par M. le nMif quis de la Grange, t. I, p. 266.