CHAPITRE IX. 2U
l'édit, proscrire les calvinistes, et frapper ainsi la France dîme plaie plus profonde que toutes celles que lui firent les désastres réunis de la fin de son règne. Mais le scandale surpassa encore le mal. Ce fut, au moment même, une clamqur et une malédiction dans l'Europe entière. Ce fut plus tard on France une réclamation permanente, passionnée, de la raison et de la justice, contre l'intolérance de cet acte inouï. L'édit de Nantes servit peut-être autant au triomphe définitif de la liberté de conscience par sa suppression que par ses quatre-vingt-six années d'existence. Une chose bonne et salutaire ne dure pas impunément un siècle au sein d'une nation. Quand on la rase au sol, elle vit dans ses racines, et pousse bientôt après au dehors des rejets d'une telle vigueur, que nulle main humaine n'a plus la puissance de l'arracher ^ . »
Cet édit, qui sauva la France d'une ruine et d'une désorganisation imminentes, qui lui ouvrit une ère de liberté durable, termina aussi la mission conciliatrice de Catherine de Bourbon à la
1» Uifstoire lîu règne de Henri IV ^ t. 2, p. 374.
cour de son frère, récompensa les sacrifices qu*elle avait faits pour y conserver son influence, et unit son nom à Tun des plus grands actes du règne de Henri IV. Cependant la part qu'elle y avait prise semblerait moins complète, si, par ses suites, Tcdît de Nantes n'eût amené l'événement qui achevii de la dévouer entièrement aux intérêts de la iFrance.
Le roi n'avait, on l'a vu, prévenu une révolte et une prise d'armes de la part des calvinistetî qu'en leur accordant l'édit de Nantes. Mais la publication et l'enregistrement de cet édit faillirent éxcitel* uti soulèvement chez les catholiques exaltés. Vainement Henri, dans le dessein de les gagner et d'assurer la liberté de conscience à ses iujets de Tune comme de l'autre rdigion, avait stipulé en même temps que le catholicisme serait rétabli dans les lieux où la violence l'avait aboli durant les troubles ; vainement il leui* montrait qûll relevait ainsi leurs autels dans cent villes closes et dons mille paroisses. Insensibles à cet avantage, ils proclamaient la religion en péril, vu que l'édit de Nantes allait consacrer et étendre le^^