‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 139 sur 186 · CHANTRE IX. 2GI · texte numérisé non relu

CHANTRE IX. 2GI

poser et procuror son bien et lui en laisser après liberté et eslection *. »

Catherine répondit « qu'elle recevoit le mariage à très-grand contentement et honneur, mais que pour sa religion , la tenant avec sa vie de la feue reine Jeanne de Navarre sa mère, dont elle tenoit toutes les actions imitables, elle ne s'en pouvoit départir légèrement et sans instructions suffisantes ; que néanmoins, ellepromettoit au roi et à M. le duc de Bar, son futur mary, de rechercher et se portera ladite instruction, autant qu'il lui seroit possible, les suppliant tous deux très-humblement de nelavoulloir cependant contraindre davantage.

Satisfait de cette réponse, Henri fit terminer immédiatement la rédaction de l'acte, et peu dr jours après, le prince de Lorraine, accompagné de M. de Vaudemont son frère, et de trois cents gentilshommes, arriva au Louvre, « où il salua, ajoute Cheverny, Madame sa maîtresse et son accordée, qui le re^ut avec tout l'honneur et bon visage qu'il se peut. »

i. Mém, de Chevpvny, chancelier de France.

20â CATHEIUNE DE BOURBON.

On savait cependant qu'elle ne se soumettait qu'avec peine aux volontés du roi, et que du Plessis Mornay seul était parvenu h la décider à obéir. La malheureuse princesse se sentait peu capable d'aborder la nouvelle destinée qui lui était offerte, et d'ajouter d'autres devoirs à ceux qui pesaient déjà sur elle. Une inélancolie inquiète et maladive la minait lentement. Comme Henri IV, elle pouvait dire en montrant son front flétri avant l'âge : a Le souffle des adversités a passé là; » et ses traits délicats , dont le charme avait autrefois exercé un si doux prestige , portaient déjà l'empreinte douloureuse et résignée d'une souffrance 'eontinuelle.pt d'une mort prochaine.

Le due de Bir était au contraire dans la splendeur de la force et de la jeunesse. Beau, élégant et brave comme tous les princes de sa maison, il s'était signalé dans les guerres de la Ligue par des actions d'éclat. Les Lorrains lui donnaient le surnom de Bon à cause de la générosité de son cœur et de la piété de son âme. Jfeûs sa timidité, sa faiblesse de caractère et son irrésolution naturelle nuisaient à ses cpialités ç* le rendaient vie-

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tirae des kitrigues de son entourage, lorsc[u*iI n'était pas l'esclave de Tarabîtion d'un père trop absolu.

L'instruction catholique à laquelle Catherine avait promis de soumettre sa conscience fut immédiatement commencée. Les conférences s'ouvrirent au Louvre au commencement de janvier 1399. La princesse, souffrante ce jour-lâ, entendit de son lit le théologien Du val, prêtre de la Sorbonne, et le ministre Tilenius Daniel, professeur de Sedan, qui firent assaut de science et d'érudition. Ils n'oublièrent qu'un seul point, celui de la clarté, condition première de toute explication, surtout s'adressant à une princesse que le respect pour les volontés maternelles plus que le raisonnement retenait hors de l'Église. Catherine, étourdie par leur violente polémique, se fatigua de leurs longs discours et congédia les docteurs.

Les conférences suivantes ne furent pas plus concluantes. La princesse persista dans ses idées religieuses, à la grande satisfaction de ses coreligionnaires. On lui rappela que le roi son frère s'était contenté des mômes instructions avant d'abjurer le calvinisme. « L'exemple du roi, ré-

'2{i\ CATHEHINE DE BOURBON.

pondit' elle, ost une loi pour moi, mais en tout ce qui ne touche pas la loi de Dieu. Je sais sur ce point où doit aller mon obéissance. » On lui représenta que son obstination serait peut^iitt %j^ obstacle a l'accomplissement de son mpq^ge.

(( Je n'ai jamais songé, répliqua-t-elle vivement, il gagner un époux, comme mon frère a gagné un royaume, c est-à-dire en renonçant à sa foi. » Puis, craignant sans doute d'avoir parlé trop violenmient, elle reprit avec plus de douceur :

(( On peut rappeler au prince de Lorraine que la différence de religion ne saurait être une cause de désunion entre des époux, et que le roi mon père et la reine ma mère ont vécu en bonne intelligence, quoique leurs croyances ne fussent pas les mêmes. »

Les conférences achevées, la princesse dit au roi que n'ayant rien compris aux discussions de Tilenius et de Duval, elle ne pouvait en conscience se déclarer convertie, et qu'il lui fallait du temps, de la réflexion et d'autres exhortations. Le roi, vivement irrité de cette résistance, lui parla «vec atïe vivacité qui provoqua se^ laripes sans

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